«III. Dans les dérivés de ces mots, on se conforme à l’étymologie et à la prononciation.»
«IV. Le sentiment des grammairiens qui disent que si l’on redouble la consonne, c’est pour avertir que la voyelle précédente est brève, nous paroît faux, inutile, déraisonnable.»
«1o Cette opinion est fausse, puisque nous avons beaucoup de syllabes longues, quoique la voyelle soit suivie d’une double consonne: ex., flamme, manne, condamne, barre, terre, squirre (sic), bataille, raille, baillon (sic), basse, que je donnasse, que je promisse, que je lusse, il cesse, etc.
«2o Elle est inutile, puisque nous avons un très-grand nombre de syllabes brèves, quoique la voyelle ne soit pas suivie d’une consonne redoublée: arabe, syllabe, robe, préface, audace, façade, carafe, rigole, ridicule, capitaine, phénomene, Rome, pape, etc.
«3o Elle est déraisonnable. La réduplication des consonnes auroit dû plutôt servir à allonger les syllabes. C’est ainsi que la réduplication des voyelles étoit autrefois un signe de longueur. On écrivoit aage, beeler, roole; on employoit aussi l’s pour le même usage: asne, feste, épistre, apostre, fluste. On écrit avec l’accent long âge, bêler, rôle, âne, fête, épître, apôtre, flûte. Nous espérons, Messieurs (ajoutent les dames), qu’en faveur de la prononciation et de l’uniformité, vous supprimerez de même une des deux consonnes, puisque la règle qui prescrivoit la réduplication est fausse, inutile, déraisonnable.
«Dans le latin, toute voyelle suivie d’une consonne redoublée est longue: ainsi la syllabe fe, qui est brève dans fero, aufero, devient longue dans ferre, auferre, etc.»
Wailly demande que l’on emploie exclusivement l’accent circonflexe à marquer la longueur des syllabes. On écrirait donc la tête et il tète, la pâte et la pate, occasionel, il occasione, la prune, il débute, il plaît, il paît. Toute voyelle non accentuée du circonflexe serait réputée brève. Il faut lire tout cet excellent chapitre dans l’ouvrage même.
«V. Dans une grande quantité d’autres mots, l’étymologie, OU VRAIE OU PRÉTENDUE, fait employer les lettres en dépit de la prononciation.»
«VI. La prononciation, à son tour, fait supprimer, malgré l’étymologie, plusieurs lettres d’une autre foule de mots.
«Pour plaire à l’étymologie, on écrivoit autrefois: saoul, saouler, saoulard, abbaisser, abboyer, abbréger; conflict, contract, sainct, défunct; adjouster, advocat, aggrandir, aggréger; eschole, méchanique, patriarchal, paschal, cognoistre, prognostiquer, aultre, aulne, faulcon, poulmon, soulphre, mammelle, convent, asnon, chastiment, espier, estre, chrestien, apostre, etc. On écrivoit aussi aage, beeler, roole, campaigne, gaigner, reigle, vuide, vuider, etc. Aujourd’hui l’Académie et les meilleurs auteurs suivent pour ces mots et une infinité d’autres les lois de la prononciation; ils en ôtent les voyelles et les consonnes qui ne s’y prononcent plus... En un mot, il n’y a pas une lettre dans l’alphabet que l’on n’ait supprimée d’un très-grand nombre de mots, parce qu’on ne les y prononce plus.»