«Une regle de votre orthographe dit que pour former du masculin le féminin dans les adjectifs qui se terminent par une consonne, on ajoûte au féminin un e muet.»
Exception. Les adjectifs en el, ol, ul, eil, an, ien, on, at, et, ot, etc., doublent la consonne finale. Ex.: cruel, cruelle, mortel, mortelle (malgré le latin crudelis, mortalis), fol, folle (quoique l’Académie écrive folie, folichon, folâtre); nul, nulle; paysan, paysanne (malgré le latin paganus); parisien, parisienne (malgré parisinus); bon, bonne (malgré bonus et bonifier); net, nette (malgré nitidus); sujet, sujette (malgré subjectus et sujétion).
Exception de l’exception. Océan fait océane; mahométan, mahométane; espagnol, espagnole; délicat, délicate; nacarat, nacarate; complet, complète; discret, discrète; bigot, bigote; dévot, dévote; brut, brute, etc. Quel inconvénient y auroit-il, ajoutent les dames, d’écrire, sans doubler la consonne, cruèle, mortèle, fidèle, fole, mole, nule, péisane, anciène, parisiène, bone, barone, boufone, nète, nèteté, nètemant, nétoiier, nètoîmant, cadète, sujète, etc.[183]?
[183] Il eût été plus simple de remplacer par l’è la double consonne dans les mots cruelle, mortelle, comme on le fait dans fidèle, mais c’est pour ne pas choquer trop subitement les habitudes que je n’ai pas cru devoir proposer ce changement.
Autre règle. «Les adjectifs en aux, en eux, et en oux, changent au féminin x en se ou en sse ou en ce: faux, fausse; généreux, généreuse; jaloux, jalouse; roux, rousse; doux, douce. Ne seroit-il pas plus naturel, plus conforme à la prononciation et à l’analogie, de terminer ces adjectifs par un s: FAUS, fausse, faussemant, faussêre, fausser, fausseté; GÉNÉREUS, généreuse, etc.; JALOUS, jalouse, jalousie, jalouser; ROUS, rousse, roussâtre, rousseur, roussir; DOUS, dousse, dousseur, doussemant, adoussi, etc.? Ces derniers mots ainsi écrits suivroient l’analogie des autres.
«Par la même raison, la CROIS donneroit croiser, croisète, croisillon, croisade; la POIS, poisser, empoisser; la PAIS, paisible, etc., ou la PÊS, pêsible, etc.»
L’auteur étudie ensuite les substantifs terminés au singulier en au, eau, eu, œu, ieu et ou, et conclut à ce qu’on introduise partout au pluriel l’s au lieu de l’x. Ex.: les maus, les feus, les caillous, les chevaus sont égaus, aus travaus.
Il aborde ensuite l’anomalie dont M. Léger Noel faisait de nos jours le sujet de ses recherches: les substantifs ou adjectifs masculins en al, el, il, ol, ul, comparés aux autres également masculins en ale, ele, ile, ole, ule, ou alle, ille, olle, ulle. «Comment se tirer, disent à ce propos les dames qu’il met en cause, d’un pareil labyrinthe? Comment pouvoir se rappeler qu’ici il ne faut point d’e muet, que là il en faut un, que dans tel mot il faut deux l et que dans d’autres il n’en faut qu’une? Se trouve-t-il bien des François qui puissent dire véritablement: je connois les noms masculins terminés en al, ale, alle; el, ele, elle; il, ile, ille; ol, ole, olle; ul, ule, ulle?»
Suit un ample travail sur l’accentuation orthographique dans lequel Wailly émet des idées et préconise des procédés semblables à ceux de Beauzée. (Voir plus loin, p. [296]).
Le docte académicien se prononce (p. 113) pour la simplification orthographique des mots tirés du grec. Il propose: anbroisie, anfigouri, ancolie, anquiloglosse, anquilose, antelmintique, antologie, arcaïsme.