Il cite comme exemples de la difficulté de la prononciation à la lecture par suite de la bizarrerie orthographique les phrases suivantes:
«La citrouille étoit bien aoûtée; on l’a donnée aux aoûterons à la fin du mois d’août; ils l’ont mangée dans une encoignure avec des oisons, des poissons et des oignons qu’ils ont pris dans un coin de l’oignoniere.
«Un anachorete vint avec un catéchumène chercher M. l’archevêque ou son archidiacre au palais archiépiscopal.»
«La biche a faonné auprès de la Saône; nous avons pris son faon qui avoit été mordu d’un taon, pendant que nous jouïons au pharaon.»
«Tranquille avec sa béquille, il entra dans la ville avec sa fille, qui perça une anguille avec son aiguille.»
Heureusement pour les lecteurs, de Wailly a pris la peine de figurer à l’aide de son orthographe la prononciation de tous ces mots, sans quoi plus d’un détracteur de sa réforme eût pu, je le crains, hésiter pour quelques-uns d’entre eux en les lisant à haute voix.
Dans la seconde partie de ce traité si précieux et si rare, de Wailly a placé, à l’imitation de Godard, un discours des lettres sur les difficultés et les imperfections de l’orthographe actuelle. Chacune de nos lettres y prend tour à tour la parole pour exposer, avec autant de clarté que de raison, les vices d’emploi auxquels on l’a assujettie. Les phonographes postérieurs, Domergue, Marle, Féline, M. Raoux, s’ils eussent connu cette mine si riche de matériaux, n’auraient eu qu’à copier. Wailly me semble même plus complet qu’aucun d’eux.
Fragment de la page 281 originale
Je m’aperçois au discours de la lettre G que Wailly a remarqué avant moi l’utilité que l’on pourrait tirer de l’emploi du g surmonté d’un point; seulement, il veut le faire servir au remplacement du j et du g doux, tandis que je propose seulement de s’en servir au lieu du ge ou g doux. Il écrit donc ġaloux, ġardin, gouġon, gaġure, ġôlier, ġustice[184]. Il distingue deux formes de l’s, l’s longue pour celle qui a le son ordinaire et l’s courte dans les mots où elle peut avoir le son du z.