«Un autre avantage qui en résulteroit encore, c’est que la réduplication des consonnes, ce système si vague, si forcé, si rempli d’exceptions, que l’on prétend que nos pères ont imaginé pour indiquer les voyelles brèves[186], deviendroit absolument inutile, parce que toutes les voyelles longues étant décidées, on n’auroit plus besoin d’un autre signe pour désigner les brèves: elles seroient suffisamment distinguées par la raison qu’elles n’auroient point la marque des longues. A l’égard des communes, c’est-à dire des voyelles qui sont longues ou brèves à volonté, ou elles n’auroient point de signe distinctif, ou on leur appliqueroit la marque usitée en grec et en latin. On pourroit ainsi supprimer la consonne que l’on n’a introduite que pour avertir que la voyelle précédente est brève. On ne la laisseroit subsister que dans les mots où elle est nécessaire, quand il faut la redoubler dans la prononciation, comme dans inné, erreur, illustre, immense, etc.»
[186] Voir plus haut l’analyse de la Grammaire de Regnier Des Marais, p. [251], et celle de l’Orthographe des dames, de de Wailly, p. [276].
Douchet propose, après Port-Royal et d’autres grammairiens, l’emploi du t cédille dans les substantifs portions, rations, etc., comme signe de distinction d’avec les verbes portions, rations.
Dans le chapitre III, des Caractères étymologiques, l’auteur s’occupe des variations du ph, du ch et de l’esprit rude (h) en français. «Ces variations sont une nouvelle source de difficultés pour notre orthographe. De ces doubles caractères, le ch est celui qui cause le plus d’embarras dans notre langue: non-seulement il varie dans l’écriture, il varie encore dans la prononciation. On le prononce à la françoise dans chérubin, chirurgien, Archimède, et il a la valeur du k dans orchestre, chiromancie, Archélaüs. De là ces incertitudes sur la prononciation de certains mots, tels que Chersonese, Acheron, où les uns prononcent le ch comme dans chérubin et les autres comme dans orchestre. On pourroit encore aisément obvier à ces difficultés. On laisseroit subsister le c dans tous les mots où l’usage l’a introduit à la place du ch, comme dans carte, corde, colere, etc., on supprimeroit le ch dans les autres mots où il s’articule comme le k, et on le remplacerait par cette figure. Ainsi l’on écriroit orkestre, Arkélaüs, kiromancie, kirographaire.»
(L’abbé Cherrier). Equivoques et bizareries de l’orthographe françoise, avec les moiiens d’y remédier. Paris, Gueffier fils, 1766, in-12 de 3 ff., XVIII et 155 pp.
L’auteur, après avoir exposé les raisons qui militent en faveur d’une réforme et les causes qui ont fait échouer les tentatives antérieures à la sienne, établit ainsi les changements qu’il croit devoir opérer:
«Plusieurs ont estimé qu’il falloit entendre ces marques proposées dans la Grammaire de P. R. de celles qui sont déjà usitées sur certaines lettres, ensorte qu’il ne s’agiroit que de les adapter à d’autres: et c’est le sentiment que j’ai cru devoir suivre. C’est-pourquoi je propose, par exemple, d’après un habile académicien (le P. Girard), de mettre une cédille, ou petite c renversé, sous le t ramoli, come on en a mis une avec succès sous le c pour le radoucir. J’ai emprunté des bons grammairiens toutes les idées qu’ils ont fournies dans ce gout. Je les ai etendues ou j’y ai ajouté les miènes, et quoique ces petites marques soient purement arbitraires dans leur origine, j’ai observé qu’une fois etablies, elles doivent ordinairement, et autant qu’il est possible, avoir un même effet partout où on les applique. Par exemple, l’accent grave sert à distinguer les è ouverts: aussi l’ai-je mis sur la voiièle composée ou fausse diphthongue ai quand elle se prononce en ouvrant fort la bouche. Au contraire, l’accent aigu sert à faire conoître les é fermés; aussi l’ai-je emploiié sur cette voiièle-composée ai, lorsqu’elle se prononce en fermant un peu la bouche. Le point accompagne toujours l’i et je l’ai placé sur les i et sous les l qui sonent presque come des i. J’ai eté plus embarassé pour l’x, parce qu’il n’est pas facile de rendre ses marques surajoutées analogues à toutes les différentes articulations de cette consone: c’est-pourquoi j’ai pris le parti de la borner à son ancien usage, savoir de ne l’emploiier que quand elle s’articule come cs ou gz, en y mettant néanmoins encore quelque différence.»
L’auteur met un point au-dessous de l’h aspiré: un ḥéros, un point au ch qu’il appelle gras: un arcḥiduc. L’s radoucie est marquée par une cédille: batişer. L’l mouillée par un point: fiḷḷe. Il supprime la consonne finale muette à baril, chenil, coutil, fusil, outil, persil, saoul, sourcil.
Ortografe des dames pour aprandre a ècrire et a lire corectemant en tres peu de tems. A Nancy, chez Hæner, 1766, in-12 de 72 pp.
L’auteur anonyme de cet opuscule, qu’il ne faut pas confondre avec l’intéressant travail de Wailly, publié en 1782 sous le même titre (voir plus haut, p. [276]), ne me paraît pas avoir apporté de solutions nouvelles au difficile problème de l’écriture phonétique. Son orthographe se rapproche sur beaucoup de points de celle qu’a préconisée soixante ans plus tard M. Marle.