Parmi les notes que mon père avait écrites en 1820, lorsque, avec MM. Raynouard, Andrieux et quelque autres de ses amis, on discutait les principes que l’Académie croirait devoir adopter pour l’orthographe, je transcris celle-ci:

«Je crois qu’on doit chercher à mettre le plus de simplicité possible dans l’orthographe. Je sais qu’on a de la peine à abandonner la méthode qu’on a longtemps suivie et, comme le dit Horace:

....... quæ

Imberbi didicere, senes perdenda fateri;

mais l’expérience me démontre que la simplicité dans l’orthographe est nécessaire. Je suis déjà avancé en âge. Après avoir fait une étude constante de la langue française, au moment de quitter la carrière typographique, je suis las de feuilleter sans cesse des dictionnaires qui se contredisent entre eux et se contredisent eux-mêmes. J’oserai le dire, bien qu’en hésitant encore: je voudrais qu’on écrivît le mot philosophe non-seulement avec un f à la dernière syllabe, comme le proposait de Wailly, mais je mettrais ce f même à la première syllabe, comme font les Italiens et les Espagnols. Mais, dira-t-on, l’Académie française sera accusée d’ignorance. Ce ne sont point les érudits, au moins, qui l’en accuseront. Ils savent bien que ce f est le DIGAMMA ÉOLIQUE dont faisaient usage non-seulement les Éoliens et les anciens Grecs, mais les inscriptions latines et les bons écrivains latins comme Catulle, Térence, etc.[32]

«On a crié beaucoup la première fois qu’on a écrit le mot phantôme avec un digamma éolique ou f. Alors les dictionnaires modernes ont commencé à insérer ce mot fantôme à la lettre F, mais en renvoyant au mot phantôme par un ph pour la définition et les exemples; ensuite on a écrit le mot fantôme avec la définition et les exemples à la lettre F, et on a seulement inscrit le mot phantôme avec le ph en renvoyant au mot fantôme par un f; et maintenant on ne trouve plus le mot phantôme par ph dans le Dictionnaire de l’Académie.»

[32] Seulement cette lettre paraît avoir été chez les anciens le signe d’une aspiration, tandis que chez nous elle est douce et euphonique, et convient ainsi parfaitement à l’emploi qu’on lui destine.

Voltaire dans sa correspondance écrivait philosofe ou filosofe, philosofie ou filosophie, et dans son Dictionnaire philosophique faisait ranger à la lettre F l’article Philosophie; on lit en tête de cet article:

«Écrivez filosofie ou philosophie comme il vous plaira[33]

[33] C’est à la lettre F que Voltaire avait fait placer l’article Philosophe, sous ce titre: Filosofe ou PHILOSOPHE.