«On prononce ai comme e muet dans faisant, nous faisons, je faisois, vous faisiez, bienfaisant, contrefaisant, et autres dérivés pareils du verbe faire. Mais puisqu’il est déja reçu d’écrire par un e simple je ferai, je ferois, etc., sans égard pour l’ai de faire, pourquoi n’écriroit-on pas de même fesant, nous fesons, je fesois, vous fesiez, biénfesant, biénfesance, contrefesant? M. Rollin et d’autres bons écrivains[191] nous ont donné l’exemple, et la raison prononce qu’il est bon à suivre.

[191] Voltaire écrit toujours ainsi, et cette orthographe a été maintenue dans l’impression de ses œuvres.

Note: les Nos 11, 12 et 13 ne sont pas reproduits dans l'original.

«14o Les deux caractères ch se prononcent quelquefois en sifflant comme dans méchant, et quelquefois à la manière du k comme dans archange. Il étoit si aisé de lever l’équivoque qu’il est surprenant qu’on n’y ait point pensé: la cédille étant faite pour marquer le sifflement, il n’y avoit qu’à écrire çh pour marquer le sifflement, et ch pour le son guttural: méçhant, monarçhie, arçhevêque, marçhons, çherçheur, en sifflant; archange, archiépiscopat, archonte, chœur, avec le son dur[192].

[192] Le nombre des mots dérivés du grec écrits encore par ch prononcé comme k étant très-minime, puisque la plupart ont déjà perdu l’h, la combinaison ingénieuse de Beauzée devient inutile du moment que l’on accepterait ce que j’ai proposé. (Voyez ci-dessus, p. [36].)

«Grâce à cette légère correction, on pourrait rétablir l’analogie entre monarçhie et monarche

15o En vertu du même principe, Beauzée propose l’h avec cédille quand cette lettre est aspirée. «Cela ne feroit pas un grand embarras dans l’écriture, et les imprimeurs seroient sans doute assez honnêtes pour faire fondre des h cédillées en faveur de l’amélioration de notre orthographe: plus on facilitera l’art de lire, plus aussi on multipliera les lecteurs et par conséquent les aquéreurs de livres.»

16o «J’en dirois autant des t cédillés pour le cas où cette lettre représente un sifflement. N’est-il pas ridicule d’écrire avec les mêmes lettres, nous portions et nos portions, nous dictions et les dictions, et une infinité d’autres? Cette simple cédille, en fesant disparoître l’équivoque dans la lecture, laisseroit subsister les traces de l’étymologie et seroit bien préférable au changement qu’on a proposé du t en c ou en s.

17o «L’analogie, si propre à fixer les langues, à les éclairer, à en faciliter l’intelligence et l’étude, conseille encore quelques autres changements très-utiles dans notre orthographe, parce qu’ils sont fondés en raison, que l’usage contraire est une source féconde d’inconséquences et d’embarras, et qu’il ne peut résulter de ces corrections aucun inconvénient réel.

«Le premier changement seroit de retrancher des mots radicaux la consonne finale muette, si elle ne se retrouve dans aucun des dérivés: pourquoi, en effet, ne pas écrire rampar sans t et nœu sans d, puisqu’on ne forme du premier que remparer et du second nouer, dénouer, dénoûment, renouer, renoueur, renoûment, où ne paroissent point les consonnes finales des radicaux[193]?