[193] L’Académie a depuis adopté les mots nodus et nodosité. Ce dernier ne figure qu’à la sixième édition.

«Le second, de changer cette consonne ou dans le radical ou dans les dérivés, si elle n’est pas la même de part et d’autre, et que la prononciation reçue ne s’oppose point à ce changement. L’usage, par exemple, a autorisé absous, dissous, résous au masculin, et absoute, dissoute, résoute au féminin: inconséquence choquante, mais dont la correction ne dépend pas d’un choix libre; le t se prononce au féminin et la lettre s est muette au masculin. Écrivons donc absout, dissout, résout. Au lieu d’écrire faix, faux, heureux, roux, écrivons avec l’s: fais, faus, heureus, rous, à cause des dérivés affaissement, affaisser, fausse, faussement, fausseté, fausser, heureuse, heureusement, rousse, rousseur, roussir. Une analogie plus générale demande même que l’on change x partout où cette lettre ne se prononce pas comme cs ou gz et qu’on écrive Aussère (ville), Brussèles (ville), soissante, sizième, sizain, dizième, comme on écrit déjà dizain et dizaine. Il faut écrire aussi les lois, de la pois, la vois, des pous, les fous, ceus, les vœus, etc., et ne laisser à la fin des mots que les x qui s’y prononcent comme dans borax, Stix.

«Il est d’usage d’écrire dépôt, entrepôt, impôt, supôt, avec un t inutile et un accent que réclame, dit-on, une s supprimée: eh! supprimons, au contraire, ce t inutile et rétablissons l’s réclamée d’ailleurs avec justice par les dérivés déposant, etc., entreposeur, etc., imposant, etc., suposition, supositoire, etc., et nous écrirons dépos, entrepos, impos, supos, comme nous avons déja par la même analogie dispos, propos et repos... Il est d’usage d’écrire nez avec un z et les dérivés avec s, nasal, nasalite, nasard, nasarde, nasarder, naseau, nasillard, nasiller: il faut choisir et mettre z dans les dérivés comme dans le radical, ou s dans le radical comme dans les dérivés. Ce dernier parti est le plus sûr.

«... Nous avons courtisan, courtisane, courtiser, courtois, etc., qui viennent de cour. Reprenons l’usage de nos pères, qui écrivoient court du latin cors, cortis (basse-court), d’où viennent le corte des Espagnols, le corteggio des Italiens et notre mot cortége. En restituant ce caractère d’étymologie, objet si précieux pour les amateurs, nous rétablirons les droits raisonnables et bien plus utiles de l’analogie.

«Un quatrième principe d’analogie est de ne jamais supprimer la consonne finale du radical dans les dérivés quoiqu’elle y soit muette, à moins que sa position dans le dérivé n’induise à la prononcer; c’est ainsi qu’on écrit sans p les mots corsage, corselet, corset, corsé, quoiqu’ils viennent de corps, parce que le p embarrasseroit la prononciation et la rendroit douteuse. Je crois que par analogie on doit de même écrire sans p les mots batême, batiser, Jean Batiste, batistère, parce qu’on seroit tenté d’y prononcer le p, comme il faut le prononcer et conséquemment l’écrire dans baptismal.

«Il est contraire au bon sens de restreindre, par des exceptions inutiles, bizarres, embarrassantes et contradictoires, la règle de la formation de nos pluriels, qui fait ajouter s à la fin des noms et adjectifs singuliers non terminés par s, x ou z.» Il faut donc écrire ses gents, touts les hommes.

«Les adjectifs terminés en ant ou ent forment leurs adverbes, de manière que l’oreille les entend finir par ament; cependant les uns s’écrivent par amment et les autres par emment: les étrangers et les nationaux peu instruits sont en danger de prononcer ces deux syllabes comme les deux premières du mot emmancher ou de prononcer la première des deux comme la première des mots Àmmonite, Èmmanuel. Supprimons donc la première m, puisqu’elle ne se prononce plus, et les adverbes venus des adjectifs en ANT s’écriront simplement et analogiquement par AMENT. De savant, instant, puissant, on formera savament, instament, puissament. Quant aux adverbes venus des adjectifs en ENT, outre la suppression de la première m, qui y est également nécessaire, il faut y introduire un a, puisqu’on l’y entend. Cet a doit même entrer dans l’orthographe de l’adjectif pour caractériser l’analogie. Ainsi, écrivons diligeant et diligeament, négligeant et négligeament, prudant et prudament, violant et violament. Je conserve l’e dans diligeant et négligeant, parce qu’il y est nécessaire pour faire siffler le g et l’empêcher d’être guttural, et je supprime l’e dans prudant et violant, parce qu’il y seroit absolument inutile.»

Beauzée, poursuivant le cours de ses délicates et ingénieuses observations, énonce ensuite quelques règles qui se recommandent à l’attention des partisans de la néographie phonétique: «Il faut, dit-il, écrire le son o par au dans les mots dont les analogues ont a ou al en même place, et par eau dans ceux dont les analogues ont e ou el dans la syllabe correspondante, comme:

chaud, chauferà cause dechaleur
faus, faussairefalsifier
haut, hausserexalter
maudiremalédiction
naufragenavire
psaume, psautierpsalmiste
agneauagnelér
beaubél
chapeauchapeliér
grumeaugrumelér
manteaumante
rouleauroulér.

«Si l’on entend dans quelques mots un o simple ou la voyelle composée ou, l’analogie exige que dans tous les mots de la même famille où au lieu de o ou de ou on entendra eu, on écrive œu; ainsi écrivons-nous: