bœufà cause debouvier
cœurcordial
chœurchoriste
mœursmoral
nœunouer
œufovaire et oval
œuvreouvriér
sœursororal
vœuvouér ou voter

«D’après ce principe, combiné avec la manière dont je propose d’écrire l mouillée, il faut écrire œll au lieu de œil. Puisqu’il est reçu d’écrire vœu à cause de vouer, pourquoi n’écriroit-on pas avœu, tant par analogie avec vœu qu’à cause d’avouer? Nous écrivons cueillir et nous y prononçons eu qui n’y est point écrit: les mots colècte, colècteur, colèctif, colèction, qui sont de la même famille, nous indiquent œ et nous avertissent d’écrire cœullir, acœullir, recœullir, de là acœull, recœull, même cercœull, et par l’analogie des sons orgœull où l’on prononce œu, puis orgoélleus, parce qu’on n’y prononce que é

18o L’auteur demande que l’on écrive:

à fin au lieu de afin à cause de à cette fin, à cause
en fin enfin
au près auprès de près, de loin
aussi tôt aussitôt plus tôt, bien tôt, aussi tard,
bien tard
bien tôt bientôt
en suite ensuite par suite, à la suite
autre fois autrefois une fois, plusieurs fois
quelque fois quelquefois
toute fois toutefois
par ce que parce que par la raison que
lors que lorsque tandis que, etc.
pour quoi pourquoi pour qui

19o Il réunit, au contraire, les mots suivants: un acompte, des acomptes, des apropos, des apeuprès.

En terminant, Beauzée défend ainsi son système du reproche d’attenter à l’étymologie et à la prosodie:

«Pour ce qui concerne les droits de l’étymologie, je le demande, est-il raisonnable que nous allions chercher dans une langue étrangère et morte, qui est ignorée des dix-neuf vingtièmes de la nation, les raisons de notre orthographe, que toute notre nation doit savoir? N’est-ce pas condanner gratuïtement à l’ignorance d’une chose essencielle tous ceux qui n’auront pas fait les frais superflus d’étudier le latin et le grec? N’est-ce pas mettre des entraves ridicules à la perfection d’une langue qui, après tout, doit nous être plus précieuse que toute autre? L’orthographe est pour toute la nation; la connoissance des étymologies n’est que pour un très-petit nombre d’hommes, qui même n’en tirent pas grand avantage, ni pour eux-mêmes ni pour l’utilité publique: faut-il donc sacrifier l’avantage de vingt millions d’ames aux vûes pédantesques de deux-cents personnages, qui n’en sont ni plus savants ni plus utiles? L’injustice et le ridicule de cette prétention ont été sentis par l’Académie della Crusca, pour la langue italienne, et par l’Académie royale de Madrid, pour la langue castillane: l’orthographe de ces deux langues est réduite à peindre juste la prononciation, sans égard pour des étymologies qui la défigureroient; et les savants d’Italie et d’Espagne n’en seront pas moins bons étymologistes. Mais chez nous même, d’où vient qu’il n’a pas plu à l’usage de redoubler la consonne dans quelques mots, où toutefois la raison servile d’imitation à cause de l’étymologie militoit autant que dans les autres mots où l’on a consacré ce redoublement? C’est que quelquefois la raison l’a emporté sur l’aveugle et imbécile routine et que l’on a quelquefois obéi au principe invariable qui veut que l’écriture soit l’image fidèle de la parole.

«Ce qu’on allègue en faveur des droits de la prosodie est-il mieux fondé? Il faut, dit-on, redoubler la consonne pour marquer la brièveté de la voyelle précédente. Ce prétendu principe est absolument faux, de l’aveu même de l’usage: car 1o nous trouvons la consonne redoublée après des voyelles longues: flāmme, mānne, abbēsse, que je fīsse, grōsse, que je pūsse, que je poūsse, paīssez, etc.; 2o on trouve de même des voyelles brèves avant une consonne simple: dămier, interprĕter, docĭlité, dévŏte, fortŭné, boŭle, jeŭnesse, retraĭte, etc. Quand ce principe seroit admis sans exception dans la pratique, peut-être faudroit-il encore y renoncer, parce qu’il seroit au moins inutile: ne suffiroit-il pas de marquer de l’accent circonflexe les voyelles longues et d’écrire les brèves sans accent? N’avons-nous pas déjà tâche et tache, mâtin et matin, châsse et chasse, bête et bète (racine), gîte et il agite, le nôtre et notre avis, etc.? A ces deux vices, déja considérables, de fausseté et d’inutilité, ajoutons que ce principe est encore opposé à l’effet naturel du redoublement de la consonne, qui est d’alonger la voyelle précédente.»

Beauzée a, comme on le voit, étudié dans ses détails et avec beaucoup d’érudition et de sagacité le mécanisme de l’orthographe étymologique. Quelques-unes de ses modifications pourraient être acceptées; d’autres, celles qui entraînent l’augmentation du nombre des accents, sont ingénieuses, mais tout à fait impraticables. Pour se disculper du reproche qu’on lui a fait de cette complication, Beauzée cite un passage de l’Enchiridion d’Épictète, où, dans le texte grec, se trouvent 41 accents pour 37 mots, tandis que la traduction littérale, orthographiée selon son système, ne montre que 23 accents sur 55 mots. Voici cette traduction:

«Cés gênts veulent aussi être philosophes. Home, aye d’abord apris ce que c’est que la çhose que tu veus être; aye étudié tés forces et le fardeau; aye vu si tu peus l’avoir porté; aye considéré tés bras et tés cuisses, aye éprouvé tés reins, si tu veus être qùinqùèrcion ou luteur.»