Dans la langue grecque, tous les mots ayant une accentuation tonique très-fortement accusée, ces marques devenaient bien plus nécessaires qu’elles ne le sont dans la nôtre, pour fixer la diction. L’accentuation grecque (l’aigu, le grave, le circonflexe), qui a servi de modèle à la nôtre, ne fut introduite qu’au deuxième siècle avant J.-C., et c’est à Alexandrie qu’elle fut d’abord mise en usage par son inventeur, Aristophane de Byzance, pour fixer la prononciation et la préserver d’être altérée par tant de populations étrangères qui parlaient le grec. On ne trouve, d’ailleurs, aucun texte manuscrit, sauf des grammaires, accentué au complet avant le XIe siècle de notre ère.
DIX-NEUVIÈME SIÈCLE.
Jean-Étienne-Judith Forestier Boinvilliers-Desjardins, membre correspondant de L’Institut de France. Grammaire raisonée ou cours théorique et pratique de la langue française. Paris, 1802, in-8 de 526 pp.
Ce savant grammairien figure au nombre des réformateurs les plus modérés. Il n’admet pas de séparation entre la langue française et le latin dont l’étude lui paraît indispensable pour la connaissance du système de l’orthographe française. Fidèle sur tous les points à l’étymologie, il n’adopte que les changements qui s’y conforment, de sorte que sa réforme porte presque exclusivement sur les doubles consonnes, qu’il remplace par les simples là seulement où elles sont d’accord avec les primitifs latins. Cette amélioration constitue déjà un pas en avant, mais reste imparfaite puisque dans certains mots elle se conforme à l’étymologie latine, contrairement à la prononciation. Boinvilliers a fait un code d’orthographe à l’usage des lettrés, et par conséquent ne se soucie pas de la régularité qui doit être l’âme de tout système d’écriture rationnelle.
Il écrit donc: nourir, étoner, doner, conaître, apartenir, quiter, atendre, ariver, honeur, home, persone, acord, someil, etc., et d’un autre côté: différer et différence, commettre et commission, approuver et approbation, etc.
Dans les mots où la pénultième se trouve être un e muet suivi immédiatement de la double consonne, il le remplace par un è après la suppression de la consonne. Exemples: tèle, bèle, cète, anciène, cruèle, qu’il viène. Il écrit énemi avec un e aigu. Il remplace par l’s l’x final des substantifs et des adjectifs pour les conformer à la règle générale de la formation du féminin, ex.: épous, épouse, heureus, heureuse.
Il écrit avec un c tous les adjectifs dont le substantif correspondant possède le c à la désinence, comme confidenciel (confidence), substanciel (substance), essenciel (essence), pénitenciel (pénitence), et avec un t ceux où cette consonne existe dans le primitif, comme séditieus (sédition), factieus (faction), ou qui ne dérivent pas d’un substantif, comme captieus (capter).
Il écrit avec Voltaire nous fesons, bienfesant, malfesant.
Il remplace l’y par l’i partout où il ne représente pas deux i, et il écrit avec beaucoup de raison: les ieux, venez i (i venant de ibi).
Il est inutile d’ajouter qu’il conserve partout les ph et th étymologiques.