Urbain Domergue, de l’Institut. La prononciation françoise, déterminée par des signes invariables, avec application à divers morceaux, en prose et en vers, contenant tout ce qu’il faut savoir pour lire avec correction et avec goût; suivie de notions orthographiques et de la nomenclature des mots à difficultés. Paris, F. Barret, l’an V, in-8 de 302 pp.—La prononciation françoise, où l’auteur a prosodié, avec des caractères dont il est l’inventeur, sa traduction en vers des dix églogues de Virgile et quelques autres morceaux de sa composition; augmentée d’un tableau des désinences françoises, pour faciliter l’étude des genres. Manuel indispensable pour les étrangers, amateurs de cette langue, infiniment utile aux François eux-mêmes. Seconde édition. Paris, librairie économique, 1806, in-8 de 3 ff. 540 pp., plus 3 ff.

Les travaux de Domergue sur la langue française remontent à 1778. C’est à cette époque qu’il fit paraître sa Grammaire française simplifiée (in-12), réimprimée en 1792. En 1784, il fonda à Lyon le Journal de la langue française, qui fut continué jusqu’en 1791. En 1790, il publia le Mémorial du jeune orthographiste (in-12). Revenu à Paris, il forma la Société des amateurs et régénérateurs de la langue française, dont sortit plus tard le Conseil grammatical, tribunal officieux dont le rôle était de donner des solutions aux questions grammaticales offrant des difficultés. Ces solutions furent publiées en 1 vol., en 1808. On a encore de cet académicien deux opuscules sur l’orthographe: Exercice orthographique (Paris, 1810, in-12), et les Notions orthographiques. Bien que je n’aie pu me procurer ces ouvrages, j’ai cru utile de les mentionner bibliographiquement.

La partie critique dans le travail de cet académicien n’a pas l’importance que les autres novateurs ont cru devoir lui donner à l’appui de leur système.

«Si notre alphabet étoit bien fait, dit Domergue, p. 177, si chaque son étoit exprimé par un signe qui lui convînt toujours, qui ne convînt qu’à lui, la connoissance de l’alphabet seroit la clé de la prononciation. Mais notre langue parlée a 40 éléments (voir plus loin, p. [359]), et nous n’avons que 24 lettres. Encore, ces lettres trompent-elles sans cesse l’œil par des sons contraires aux signes, l’oreille par des signes contraires aux sons. Tâchons de mettre d’accord les deux sens particulièrement consacrés à la parole, la vue et l’ouïe. Que dans l’alphabet que je destine à réfléchir la prononciation, comme une glace fidèle réfléchit les objets, ces deux principes soient invariablement suivis: 1o autant de signes simples que de sons simples; 2o application constamment exclusive du signe au son.»

TABLEAU DES VOYELLES DE DOMERGUE.

a,comme dans ami, barilaaigu.
,comme dans câble, raseragrave.
,comme dans banc, tempsanasal.
o,comme dans domino, lotooaigu.
,comme dans grossir, rosierograve.
,comme dans bonté, ombreonasal.
,comme dans thé, caféeaigu bref.
,comme dans lésion, féeeaigu long.
,comme dans succès, caisseegrave.
e,comme dans modèle, foibleemoyen.
,comme dans lien, vinenasal.
,comme dans colibri, biribiibref.
,comme dans cerise, gîteilong.
u,comme dans vertu, tubeubref.
,comme dans ruse, flûteulong.
,comme dans joujou, bijououbref.
,comme dans pelouse, croûteoulong.
,comme dans bonne, jetoneufaible.
,comme dans feu, peupliereubref.
,comme dans creuse, beurreeulong.
,comme dans un, à jeûneunasal.

CONSONNES:

Prononcez
m, comme dans maman me.
b, comme dans battre be.
p, comme dans papa pe.
v, comme dans vivacité ve.
f, comme dans force fe.
d, comme dans devoir de.
t, comme dans tutoyer, et jamais comme dans portion te.
n, comme dans Nanine, et jamais comme dans bon ne.
l, comme dans lunatique le.
ł, comme dans famille le mouillé.
ŋ, comme dans ignorant, et jamais comme dans gnome gn mouillé.
z, comme dans azur ze.
s, comme dans salut, et jamais comme dans ruse se.
r, comme dans rire re.
, comme dans jujube je.
, comme dans chercher ch doux.
g, comme dans guérir, et jamais comme dans pigeon ghe.
q, comme dans camisole, colère que.
, comme dans cœur, requête q adouci.
, comme dans les héros aspiration.

On voit que, dans l’écriture inventée par Domergue, le caractère c a changé de fonction et représente eu faible que l’auteur croit entendre dans notre e muet ou e féminin, bonne, jeton. L’y a également disparu, et avec lui toute trace de l’origine grecque d’une partie des mots de la langue. Pas d’œ; pas d’accents. Dans les consonnes le c est remplacé dans ses fonctions par q dans camisole, par ɋ dans cœur, par s dans ceux-ci; f figure les sons f et ph; h est éliminée là où il n’y a pas aspiration; et dans héros, etc., elle est figurée par l’esprit rude des Grecs; k, lettre inutile en présence des deux coppa (q et ɋ), disparaît également; deux signes nouveaux, l’un pour le gn mouillé, montagne, l’autre pour ll mouillé, économisent chacun une lettre; t n’a plus qu’une fonction, x a disparu ainsi que le w.

Domergue reconnaît vingt et une voix ou voyelles distinctes qu’il représente par vingt et un signes; dix-neuf articulations qu’il exprime par dix-neuf consonnes, dont chacune, comme chaque voyelle, a un emploi fixe et incommunicable.