On verra plus loin, à l’[article] consacré à l’ouvrage de M. Raoux, les moyens récemment proposés pour parvenir à ce but, et qui font l’objet d’un art que ses adeptes appellent phonographie.
P.-R.-Fr. Butet, directeur de l’école polymathique. Mémoire historique et critique dans lequel l’S se plaint des irruptions orthographiques de l’X, qui l’a supplantée dans plusieurs cas, sans aucune autorisation ni étymologique ni analogique; à messieurs les membres de l’Académie française et de celle des inscriptions et belles-lettres. Paris, imprimerie d’Éverat, 1821, in-8 de 19 pp.
Dans les doléances que la lettre S adresse à l’Académie, elle s’élève d’abord contre le trouble apporté dans son emploi régulier par ces impératifs de la première conjugaison à la seconde personne du singulier, manges-en, goûtes-y, vas-y; elle se contenterait modestement de la configuration mange-s-en, goûte-s-y, va-s-y, qui préciserait son rôle de lettre euphonique.
Par suite de l’extension toujours croissante d’emploi qu’elle a reçue des Grammairiens, par exemple, à la fin de ces mots je croi, je tien, je vien, etc., elle se croit en droit de défendre sa position comme lettre euphonique et comme marque du pluriel contre les empiétements de l’x.
Notre x nous vient des Latins. Mais quel rôle cette lettre double a-t-elle joué chez eux?
Les nominatifs en is de la troisième déclinaison, canis, classis, fortis, dulcis, sont identiques avec la forme du génitif: tel était le type primitif. Mais, en raison de la fréquence de leur emploi, certaines formes du nominatif se sont altérées. Ces altérations se sont faites de plusieurs manières, et entre autres par contraction: trabs, urbs, ops, hyems, etc., sont des contractions de trabis, urbis, opis, hyemis, qu’on retrouve au nominatif dans les anciens auteurs. Par suite de la même contraction, audacis et regis sont devenus audacs et regs: l’x est alors intervenu pour figurer ces deux finales et ces deux sons par une seule lettre.
Les prétérits latins ont éprouvé des modifications non moins importantes, où l’x est venu jouer son rôle. Luceo, frigo, dico, duco, au lieu de luci, frigi, dici, duci, ont donné luxi, frixi, dixi, duxi.
Flectum, plectum, fluctum, n’ont pu devenir flecsum, plecsum, flucsum que sous la forme orthographique flexum, plexum, fluxum. Telle est l’origine des supins en xum.
Il résulte de ces observations que l’x, sauf le cas de préexistence dans un radical, ne peut s’introduire secondairement en orthographe que dans trois cas généraux en latin: 1o comme finale de substantifs et adjectifs de la troisième déclinaison; 2o comme faisant partie de la terminaison des prétérits en xi; et 3o dans les supins en xum; par conséquent, on peut, par droit d’hérédité, conserver sa présence dans tous les mots français qui émanent de ces trois sources et, comme cela a eu lieu en latin, dans tous leurs dérivés.
On peut admettre que, comme monument ancien, x reste dans appendix, hélix, index (que beaucoup de personnes écrivent déjà appendice, hélice, indice), dans chaux, de calx, dans choix, de collexus, altération de collectus, dans croix, de crux, dans crucifix, de crucifixus, dans faux, de falx, dans flux, de fluxus. De même pour larynx, pharynx, sphinx, voix, paix, poix, perdrix; dans taux, à cause de taxe, dans six, à cause de sex.