«Vous écrivez « chevaux, bestiaux» en retranchant l’s, signe caractéristique de pluralité, et cela parce qu’elle est nulle dans ce cas pour la prononciation. Le peuple, qui ignore la grammaire, est par là exposé à écrire et à prononcer habitans, humanités, comme nous prononçons les hameaux, les haricots, et, par une conséquence toute juste, il écrira lê zannetons, pour les hannetons, car c’est ainsi qu’il prononce. Vous allez trop loin, vous dis-je, et c’est avoir une confiance trop aveugle en vos propres moyens que de vous en fier à l’oreille du peuple; elle est trop faussée pour qu’il en fasse son juge. Encore une fois il faudrait supposer qu’il parle bien. Je ne vois sortir de votre système que chaos, que confusion.

«Je vais plus loin, comment osez-vous faire disparaître de votre conjugaison ces finales idéologiques qui réveillent en nous les idées de nombre et de personnes? Sont-ce là des lettres parasites? Nous viendron, nous parleron seront homonymes de ils viendron, ils parleron! Qui indiquera au peuple qu’il devra mettre ici un t et là une s euphoniques quand chaque verbe sera suivi d’un mot dont l’initiale est une voyelle, lorsque vous retranchez la consonne hors ce cas? Qui lui indiquera les lettres que vous supprimez dans gran, ègzan, peti, permi, pour former le féminin grande, exempte, petite, permise? Réfléchissez-y, Messieurs, fouler aux pieds la conjugaison et la déclinaison d’un peuple, c’est étouffer en lui toute idée de grammaire, sans laquelle il n’y a point de langue; c’est le ravaler à l’état de barbarie.»

L’auteur suppose un billet phonographique ainsi conçu: O savan qe répondré-vou? S’agira-t-il d’entendre: Au savant que répondrez-vous? Aux savants que répondrez-vous? ô savants, que répondrez-vous? ô savant, que répondrez-vous? L’esprit du lecteur est dans le doute, car les signes déterminatifs du sens sont perdus.

Je crois cette partie de la critique de M. Vanier à l’abri de toute réfutation.

S. Faure. Essai sur la composition d’un nouvel alphabet pour servir à représenter les sons de la voix humaine avec plus de fidélité que par tous les alphabets connus. Paris, Firmin Didot, 1831, in-8, de 226 pp. et 3 pl.

Frappé des inconvénients de notre écriture orthographique, M. Faure témoigne ainsi ses vœux pour sa réforme:

«Perfectionner l’alphabet serait une entreprise digne du dix-neuvième siècle et du règne d’un roi populaire et national. La réforme des poids et mesures s’est opérée dans les temps les plus affreux de la révolution. Le système métrique, après avoir lutté contre les plus grands obstacles, est reconnu aujourd’hui comme très-avantageux.

«..... Une écriture exacte présenterait encore plus d’avantages dans ses résultats que le système métrique; mais, comme nous n’avons pas la présomption de croire qu’elle puisse un jour renverser l’écriture en usage, qu’il nous soit permis du moins d’espérer qu’une nouvelle écriture perfectionnée pourra, comme la sténographie, mais dans un but différent, marcher à côté de l’écriture d’usage et servir efficacement: 1o à rendre les principes de lecture avec les caractères et l’orthographe usités bien plus accessibles à l’enfance; 2o à noter dans un dictionnaire la vraie prononciation des mots beaucoup plus exactement qu’on ne l’a fait jusqu’ici; 3o à nous être d’un merveilleux secours pour la composition d’un alphabet universel, etc.»

Je ne puis donner ici une idée de la méthode de M. Faure. Il faudrait étudier, apprendre et comparer les divers systèmes phonographiques représentés au moyen de signes figurés par des lignes plus ou moins contournées, pour apprécier le mérite de chacun d’eux.

«Quoique nos caractères, dit M. Faure, soient bizarres et très-différents de ceux de l’écriture ordinaire, ils sont si simples, si distincts, et dérivent si naturellement les uns des autres, que nous sommes persuadé qu’une personne qui ne saurait pas lire parviendrait à apprendre, au moyen de ces nouveaux caractères, en dix fois moins de temps que par l’écriture et l’orthographe en usage, qui font, ainsi que l’a dit d’Olivet, de la lecture l’art le plus difficile.»