Chaque amélioration apportée par l’Académie à notre orthographe rend de moins en moins opportune la création de ces systèmes absolus.

Joseph de Malvin Cazal. Prononciation de la langue française au dix-neuvième siècle, tant dans le langage soutenu que dans la conversation, d’après les règles de la prosodie, celles du Dictionnaire de l’Académie, les lois grammaticales et celles de l’usage et du goût. Paris, Imprimerie royale, 1847 in-8.

L’étude de la bonne prononciation paraît devoir jouer un grand rôle dans les réformes futures de notre orthographe. L’Académie des inscriptions se préoccupe légitimement de la fixation de la prononciation et de ses rapports avec l’histoire de notre langue. C’est à ce titre que l’auteur de ce gros volume a obtenu le prix Volney. Il reconnaît et étudie deux sortes de prononciations distinctes: la prononciation oratoire, raffinée, délicate et savante, et la prononciation courante, celle de la conversation. Une semblable doctrine ne me semble pas de nature à diminuer la complication de nos grammaires et de notre orthographe. En tout cas, elle ne simplifiera pas la tâche de la néographie phonétique, qui aura à se prononcer entre les deux prononciations qu’elle devra figurer.

Ces savantes études sur la prononciation, si minutieuses, si controversables, si arides même, pourrai-je ajouter, ne seront jamais à la portée de tous ceux qui ont besoin d’apprendre à lire et à parler. Maintenant que nous sommes en possession des travaux de M. Féline, de M. Casal, de M. Quicherat, de M. Colin, de M. Géhant, etc., notre prononciation devrait être suffisamment fixée pour être consignée dans un Dictionnaire spécial dont l’utilité est évidente.

Adrien Féline. Mémoire sur la réforme de l’alphabet, à l’exemple de celle des poids et mesures. Paris, Guillaumin, 1848, in-8 de 32 pp.—Dictionnaire de la prononciation de la langue française, indiquée au moyen de caractères phonétiques, précédé d’un Mémoire sur la réforme de l’alphabet. Paris, Firmin Didot, 1851, in-8, de 383 pp.—Méthode pour apprendre à lire par le système phonétique. Paris, Firmin Didot, 1854, 2 parties in-8.

L’œuvre projetée avant 1830 par M. Marle a été reprise depuis 1848 avec de nouvelles forces. M. Féline, dont nous déplorons la perte récente, a été l’un des plus persévérants et des plus courageux apôtres du système phonétique ou autrement de la phonographie. Il a consacré une part considérable de son temps et de sa fortune à la vulgarisation de sa doctrine, et n’a pas vécu assez pour la voir fructifier sur le sol de notre colonie algérienne.

M. Féline, dont les idées procèdent en partie de celles de Volney, est un réformateur plus intrépide que ne l’était M. Marle, dans le système de l’Appel aux Français de 1829. Son alphabet, qu’il a cru à tort complet, suffit dans sa simplicité à l’enseignement rapide de la lecture aux habitants pauvres et complétement illettrés de nos campagnes, ainsi qu’aux Arabes. D’ailleurs M. Féline lui-même a dû être convaincu, après l’insuccès de sa méthode comme écriture usuelle, qu’elle ne pourrait être considérée que comme un système pédagogique, destiné, à l’exemple de la mnémonique, à rendre moins aride et moins longue l’étude de la langue française. C’est pourquoi, dans la seconde partie de sa Méthode pour apprendre à lire, il passe, dans une série d’exercices habilement gradués, de l’écriture purement phonétique à une orthographe de plus en plus compliquée, pour arriver enfin à celle qui a été adoptée par l’Académie.

A cet égard M. Féline a droit à la reconnaissance de tous les gens de bien qui s’intéressent au sort de nos populations rurales au point de vue intellectuel, car la pratique a parfaitement démontré l’utilité de sa méthode.

Voici cet alphabet, avec lequel il espérait représenter tous les sons du français:

VOYELLES.
CONSONNES.
Signes. Valeurs. Signes. Valeurs.
a a p p
â â b b
a an, en m m
e é t t
ê è, ê, ai, et d d
ε e n n
eu k k, q, c
i i, y g g, gu
i in gn
o o l l
ô ô, au l ill, il
o on y y
u u f f, ph
û ou v v
u un w w
s s, c, t
z z, s
h ch
j j, g
r r