«Les économistes qui savent que le temps est la richesse de l’homme, les administrateurs qui veulent l’uniformité du langage, les hommes politiques qui veulent rapprocher les nations, enfin, tous les amis de l’humanité, tous les hommes de progrès, doivent appuyer cette réforme.

«Plusieurs exemples doivent nous servir de guide et nous encourager. N’a-t-on pas, dans un siècle de barbarie, remplacé les chiffres romains par la numération arabe, l’une des plus simples inventions de l’esprit humain, puisqu’elle ne consiste qu’en deux points: avoir un signe pour chaque nombre jusqu’à neuf et décupler la valeur du chiffre en le reculant d’un rang? Cette idée n’en est pas moins sublime; car, sur des milliards d’individus qui avaient passé sur la terre, un seul l’a conçue; car elle a eu les conséquences les plus heureuses pour la civilisation.

«De ce qu’une innovation a été mal présentée, de ce qu’elle l’a été dans un but purement scientifique, s’ensuit-il que toute innovation de ce genre soit impossible à réaliser?»

Charles La Loy. Balance orthographique et grammaticale de la langue française: ou cours de philologie grammaticale, ouvrage au moyen duquel disparaissent toutes les incertitudes, sources de difficultés, relatives à nos règles grammaticales et à nos formes orthographiques. Deuxième édition. Paris, Maire-Nyon, 1853, 2 vol. grand in-8, contenant:

«1o Des règles d’accentuation qui dispensent d’avoir recours au Dictionnaire;—2o La liste complète des homonymes français;—3o La liste, si utile dans l’enseignement, des dérivations inexactes;—4o Des principes d’orthographe étymologique;—5o Des principes de francisation des mots;—6o Des principes de néologie;—7o Des règles sur la formation des noms et adverbes en ment;—8o Des principes sur l’orthographe et la prononciation des noms propres et des noms de baptême, avec la signification des plus connus;—9o L’indication du pluriel des adjectifs en al;—10o L’indication du pluriel de tous les noms composés et des noms pris des langues étrangères ou des langues anciennes, partie orthographique restée douteuse jusqu’à ce jour;—11o Des règles sur l’orthographe des mots réduplicatifs;—12o Un moyen de reconnaître désormais l’h aspiré de l’h muet, et le ch dur du ch français;—13o De nouveaux signes de ponctuation qui n’exigent aucune nouvelle étude;—14o Des règles sur l’emploi des doubles consonnes, partie si importante de notre orthographe, etc., etc.»

Ce long titre, que j’ai copié presque in extenso, donne une idée du vaste ensemble de questions que l’auteur a embrassées dans le cadre de ses deux volumes.

Il rapporte sur chaque mot embarrassant du Dictionnaire les diverses leçons fournies par les lexicographes et recherche ce qu’il appelle une balance, c’est-à-dire une solution tirée de l’essence même des principes qu’il a posés en commençant. On conçoit qu’en face d’un nombre aussi immense de questions délicates à résoudre, l’auteur ait pu souvent s’arrêter à un parti qui ne satisfasse pas une critique sévère. Néanmoins son ouvrage sera consulté avec fruit de ceux qui, par position, sont aux prises avec les difficultés de notre orthographe. Ce vaste travail, fruit de longs efforts et d’une patience vraiment méritoire, est à lui seul une démonstration suffisante de l’absolue nécessité de perfectionner notre orthographe et de soumettre la grammaire, avec ses contradictions et ses exceptions innombrables, à une analyse, à une discussion, à une révision sérieuse et approfondie.

Alexandre Erdan (Al.-André Jacob). Congrès linguistique. Les révolutionnaires de l’A-B-C. Paris, Coulon-Pineau, 1854, in-8 de 282 pp.

Dans cet opuscule, M. Erdan a parlé de beaucoup de choses à propos de la réforme orthographique. Il a introduit dans une semblable polémique plus de passion que la question ne me semble en comporter. Je ne le suivrai donc pas dans les parties de sa discussion qui s’écartent du sujet, et je renverrai à l’analyse de l’ouvrage de M. Raoux l’exposition des motifs proposés en faveur de l’écriture phonétique.

Voici ce que dit M. Erdan (p. 72) contre le respect de l’étymologie dans l’écriture française. Après avoir rappelé les arguments de Domergue et de Voltaire, il continue ainsi: