«Mais, d’ailleurs, à quoi bon ces raisonnements? La question étymologique n’en est réellement pas une. Les étymologistes croient défendre un principe et, en réalité, ce qu’ils défendent, ce n’est qu’un accident dans la langue.
«Si à chaque mot de notre langue était attachée l’étiquette de son origine, certainement celui qui proposerait d’enlever à la fois toutes ces étiquettes, toutes ces marques caractéristiques, proposerait une révolution difficile; mais cela n’est pas.
«Nous avons, cela est démontré et admis par les grammairiens[204]:
| Mots dont l’étymologie est tout à fait inconnue | 3,000 |
| Mots dont l’étymologie est douteuse | 1,500 |
| Mots qui n’ont plus leurs lettres étymologiques, dont ils se sont dépouillés successivement | 10,000 |
| Mots dont l’orthographe est contraire à l’étymologie | 500 |
| Total | 15,000 |
«Ainsi, en proposant d’abandonner l’orthographe étymologique, on ne propose point, à proprement parler, une révolution de principe dans l’idiome national. On ne fait que régulariser une langue en désordre qui écrit tantôt suivant l’étymologie, tantôt selon le caprice.»
[204] Ce calcul est emprunté par M. Erdan à M. Marle dans l’Appel aux Français.
Tout en adhérant au principe de la phonographie absolue, l’auteur désire qu’on avance par degrés.
«Il faut donc tout simplement, dit-il, pour commencer, pour établir un premier jalon, revenir aux modifications prudentes, faciles, commodément vulgarisables, qu’adoptèrent et pratiquèrent les Du Marsais, les Duclos, les Beauzée, etc.
«Il faut accepter, suivant la théorie de Port-Royal, quelques petits signes très-simples pour faire disparaître certaines anomalies du genre des suivantes: fusil, où l’l ne se prononce pas, et fil, où il se prononce; nid, où d ne se prononce pas, et David, où il se prononce; répugnance, où gn est doux, et stagnation, où gn est très-dur, etc.
«Il est très-facile pour ces différents cas, et pour d’autres analogues, de convenir d’un petit signe, d’un tiret, d’un accent, tout ce qu’on voudra, qui indique la prononciation.»