M. Poitevin fait ensuite une rapide énumération des tentatives de réforme depuis le seizième siècle, puis il ajoute:
«Disons en terminant qu’il est impossible qu’on ne voie point, dans un temps très-prochain, se produire les réformes suivantes:
- «1o Suppression de toute lettre inutile ou nulle dans la prononciation;
- «2o Adoption des mêmes signes pour les sons identiques[205].»
[205] Ce programme est celui de Port-Royal (voir p. [226]), adopté depuis deux siècles par presque tous ceux qui ont fait une étude approfondie de notre langue.
Dans cette Grammaire, plus complète et plus détaillée que toutes celles qui avaient paru jusqu’alors, l’auteur fait connaître quelques-unes des raisons historiques de nos formes orthographiques actuelles; il donne à l’occasion le tableau des pronoms et de la conjugaison des verbes dans le vieux français. Ses listes de substantifs dont le genre est douteux, des homonymes, des pluriels des noms composés, etc., ajoutent à son travail beaucoup d’intérêt et une utilité incontestable pour la fixation future de l’orthographe française.
Léger Noel. Les anomalies de la langue française, ou la nécessité démontrée d’une révolution grammaticale. Paris, Ferdinand Sartorius, 1857, in-8 de 240 pp.
Cet ouvrage est le résultat d’un travail très-pénible et vraiment consciencieux. Mais la disposition typographique tout allemande, l’absence de table et d’index, en rendent l’étude très-pénible, et la méthode d’exposition adoptée par l’auteur ne contribue pas à la clarté. M. Noel a consacré deux cent vingt pages d’une impression très-fine aux détails de l’orthographe du substantif et du genre; c’est assez dire que son œuvre se refuse à une analyse complète.
L’auteur a été amené à reconnaître et à classer les anomalies, malheureusement très-nombreuses, dans la formation du genre de nos substantifs.
La première loi, c’est que le féminin se distingue par la présence de l’e muet à la fin du nom; exemple: le dieu, la déesse; le lion, la lionne; le mulet, la mule, etc.
Mais les cas d’exception sont presque aussi nombreux que ceux qui sont conformes à la règle: tantôt le féminin s’applique aux deux sexes: la girafe, la gazelle, la chouette, la tortue, etc.—Tantôt des noms masculins conservent l’e muet final, signe du féminin: ex. amulette, arbuste, chêne, hêtre, doute, incendie, angle, antimoine, antipode, centime, inventaire, etc.—D’autres fois un même mot est tantôt masculin, tantôt féminin, selon le sens qu’on y applique; ex.: aide, barbe, barde, basque, carpe, crêpe, décime, enseigne, faune, garde, orge, etc.