Déjà La Bruyère, membre de l’Académie française, mort en 1696, dans son chapitre intitulé De quelques usages, proteste à ce sujet contre ce qu’on appelle l’usage:

«... Le même usage fait, selon l’occasion, d’habile, d’utile, de docile, de mobile et de fertile, sans y rien changer, des genres différents: au contraire, de vil, vile, de subtil, subtile, selon leur terminaison, masculins ou féminins[206]. Il a altéré les terminaisons anciennes: de scel il a fait sceau; de mantel, manteau; de capel, chapeau, etc., et cela sans que l’on voie guère ce que la langue françoise gagne à ces différences et à ces changements. Est-ce donc vouloir le progrès d’une langue que de déférer à l’usage?»

[206] Le poison a remplacé la poison; et, par contre, on a fait masculin la navire, tandis que nef est resté féminin.

M. Léger Noel constate en passant quelques irrégularités qui ont échappé à la dernière édition du Dictionnaire de l’Académie: ex.: hydrocèle, pneumatocèle, varicocèle, féminins; sarcocèle, masculin; univalve, bivalve du féminin; multivalve, du masculin; aggrave, métopes, palestre, du féminin, et réaggrave, opes, orchestre, du masculin. Il aurait pu ajouter ode, ce mot introduit en français par Ronsard, du féminin, et épisode du masculin.

S’appuyant sur le principe de l’analogie, M. Léger Noel propose que:

à cause de: on écrive: au lieu de:
sac, bissac, bivouac, cornac, estomac, havresac, lac, ressac, sac, sumac, tabac, trictrac un abac un abaque
un tombac un tombaque
un zodiac un zodiaque
agaric, alambic, arsenic, aspic, basilic, cric un critic un critique
le tropic le tropique
trois cents adjectifs ou substantifs en if un hippogrif un hippogriffe
un calif un calife
un pontif un pontife
avril, babil, béril, péril, grésil un reptil un reptile
un volatil un volatile
un hil un hile
un crocodil un crocodile
cerfeuil, accueil, bouvreuil, cercueil, deuil, écureuil, treuil, fauteuil, œil, orgueil, recueil, écueil, seuil un chèvrefeuil
un portefeuil
un chèvrefeuille
un portefeuille
bazar, car, caviar, char, coquemar, nénuphar, par, czar, escobar, nectar un phar
un tartar
un phare
un tartare
amer, cancer, cher, enfer, éther, fier, frater, gaster, hier, hiver, mâchefer, magister, mer, outremer, stathouder, ver un belveder un belvédère
un calorifer un calorifère
un caracter un caractère
un adversair un adversaire
un exemplair un exemplaire
trois cents mots environ terminés en al le chrysocal le chrysocale
le final le finale
un oval un ovale
soixante mots environ terminés en el un polichinel un polichinelle
un violoncel un violoncelle
le vermicel le vermicelle
accul, archiconsul, calcul, consul, cul, nul, proconsul, recul un capitul un capitule
un versicul un versicule
un préambul un préambule
un globul un globule
quatre cents mots environ terminés en ir un cachemir un cachemire
un empir un empire
le zéphyr le zéphire
butor, castor, condor, cor, corrégidor, essor, for, major, or, similor, thermidor, trésor, Labrador un éphor
tricolor (drapeau)
un éphore
tricolore
azur, dur, futur, impur, mûr, obscur, pur, sûr, sur un carbur un carbure
un sulfur un sulfure
un murmur un murmure
quarante mots environ en our un pandour un pandoure
deux cent cinquante mots environ terminés en oir un auditoir un auditoire
le conservatoir le conservatoire
un promontoir un promontoire
le vomitoir le vomitoire

On écrira de même, dit l’auteur, au masculin les adjectifs:

agilservilbarbarinodor
aquatilfidelignarsonor
débilinfideloviparélégiac
facilparallelviviparhypocondriac
docilrebeléphémeropac
fertilbénévollanifercritic
fluviatilfrivolprosperpacific
fossilcrédulpirmagnific
fragilavarbicolorventriloc

Il est inutile de développer davantage ces tableaux, qui font connaître le genre de régularisation auquel l’auteur s’est plus spécialement attaché. Lorsque les lois de la prosodie française s’opposent à ce que l’on modifie l’orthographe de la désinence, il propose de changer le genre; exemple: une squelette, une satellite, une aérolithe, une phytolithe, une ostéolithe.

Les changements de cette nature, qui intéressent l’oreille, sont plus difficiles à introduire que des modifications dans l’écriture. D’ailleurs un certain nombre d’entre eux altèrent sensiblement l’euphonie de la prononciation en faisant porter l’accent tonique non plus uniquement sur la voyelle de la syllabe pénultième des mots à terminaison féminine, mais en même temps sur la consonne qui suit. Exemple: dans le système de M. Noel, nous ne dirions plus un homme crédUle, servIle, mais crédUL, servIL, bref. C’est donc méconnaître le rôle de l’e muet, cette bulle d’air sonore, comme dit l’auteur, qui communique à notre langue tant de charme, de légèreté et de douceur.