B. Legoarant. Nouveau Dictionnaire critique de la langue française, ou examen raisonné et projet d’amélioration de la sixième édition du Dictionnaire de l’Académie, de son complément, du Dictionnaire national et d’autres principaux lexiques, y compris le nouveau Dictionnaire universel de la langue française par M. Poitevin. Paris, Berger-Levrault, 1858, in-4 à 3 col. de XIV et 667 pp.
B. Pautex. Remarques sur le Dictionnaire de l’Académie. Paris, 1856, in-12 de 116 pp. Considérablement augmentées et réimprimées sous ce titre: Errata du Dictionnaire de l’Académie française, ou Remarques critiques sur les irrégularités qu’il présente avec l’indication de certaines règles à établir. Paris, Cherbuliez, 1862, in-8 de XXXII et 352 pp.
F.-P. Terzuolo, ancien imprimeur, correcteur d’imprimerie. Études sur le Dictionnaire de l’Académie. Deuxième édition (la première est de 1858), accompagnée de quelques remarques sur les six premières livraisons du Dictionnaire de M. Littré. Paris, Mesnel, 1864, in-12 de 142 pp.
Le Dictionnaire d’une langue est son livre par excellence. Non-seulement il la maintient, il la conserve, mais il ouvre les voies et indique les sens dans lesquels elle peut s’épurer, s’enrichir et accomplir de nouveaux progrès. Nul ne s’étonnera donc de l’importance que le public attache à chacune des éditions du Dictionnaire de l’Académie, ni de la longueur du temps et des soins minutieux que la compagnie consacre à cette œuvre capitale. Mais cette tâche est compliquée de tant de difficultés de toute nature, dont la principale est l’incertitude qu’offre pour la coordination l’absence complète d’une véritable grammaire de la langue française, qu’on ne s’étonnera pas qu’on ait pu reconnaître dans la dernière édition de ce Dictionnaire, aussi bien que dans les ouvrages du même genre, des fautes matérielles, des contradictions, des lacunes, des définitions hasardées ou insuffisantes. La partie orthographique, dont l’irrégularité s’explique, comme on l’a vu dans tout ce qui précède, par l’action du double courant où s’est formé notre vocabulaire et l’influence des idées dominantes en grammaire au moment où de nouvelles couches de mots ont été successivement admises, cette partie n’est pas celle qui laissait le moins à désirer.
Heureusement, pour assurer la perfection à l’édition que l’Académie prépare, des ressources précieuses lui sont réservées. En dehors des matériaux importants que plusieurs de ses membres ont pu réunir, de ceux qu’elle saura puiser dans les travaux des membres les plus distingués des autres classes de l’Institut, il s’est rencontré des hommes d’une persévérance admirable qui ont fait de la dernière édition du Dictionnaire l’objet d’une critique minutieuse et de l’examen le plus approfondi.
Tels sont MM. Legoarant, Pautex et Terzuolo, qui ont consacré à ce travail un peu aride de la confrontation et de la discussion des mots, de leur forme et de leurs définitions, la plus grande partie de leur longue carrière. Les trois ouvrages que j’ai cités en tête de cet article sont rédigés sous forme de dictionnaire, c’est assez dire qu’ils échappent à toute espèce d’analyse. Je puis seulement constater ici qu’ils ne font nullement double emploi. M. Legoarant a envisagé son vaste sujet plutôt en lexicographe et en savant, M. Pautex en grammairien et en typographe consommé; M. Terzuolo a suivi l’exemple de ce dernier.
M. Pautex a réuni aux mots Accent, Conjugaison, Majuscule, Mentor, Terminaison, Tiret, et dans un chapitre de la Prononciation et des Doubles lettres placé à la fin, des dissertations spéciales sur les questions de l’orthographe typographique, les plus délicates et les plus négligées par les grammairiens. A ce titre, son livre restera d’une utilité incontestable, même après la nouvelle édition du Dictionnaire, pour tous ceux qui se préoccupent de la bonne exécution des livres et particulièrement pour les imprimeurs.
Le travail de M. Terzuolo contient des remarques en général très-judicieuses sur les questions grammaticales et philologiques. Il ne s’occupe de l’orthographe que pour signaler quelques contradictions qui se trouvent dans le Dictionnaire de l’Académie, comme dans les mots assonance et consonnance, persiflage et siffler, etc. Il est d’avis d’écrire baronet avec un seul n, chevauléger en un seul mot, et chelin (scheling) à la manière française avec un ch, comme on écrit châle dérivé de shall. Pour les mots paiement, dévouement, et autres substantifs terminés en ment, il demande qu’on leur conserve les voyelles caractéristiques de l’infinitif dont ils dérivent en changeant l’r en ment; ex.: emporter, emportement, fourvoyer, fourvoyement, payer, payement, dénuer, dénuement, etc.
Tell. Exposé général de la langue française, avec les idées, les systèmes et les principes de l’ancienne et de la nouvèle école, les projets de réforme, la codification et la langue universèle. Paris, 1863, in-18 de 109 pp.
Dans ce petit écrit, que l’auteur aurait voulu réduire à une feuille d’impression, les questions énoncées sur le titre sont abordées avec clarté et d’une manière piquante, tant celles de la grammaire que celles de l’orthographe, à laquelle l’auteur s’attache principalement; ce qui lui fait dire dès le début de son exposé «que l’enfant qui l’a apprise n’est nullement préparé pour recevoir les leçons des professeurs de logique, de rhétorique et de philosophie.»