Passant à l’étude de l’alphabet, l’auteur annonce que la critique qu’il en va faire n’a pas pour but de rejeter toutes les lettres de l’alphabet français et d’en couler d’autres dans des moules entièrement nouveaux, comme le fait la sténographie, mais seulement de les ramener à des principes rationnels, quant à leur nombre, à leur nature, à leur valeur phonétique et à leur forme.
«Personne ne contestera cet axiome: que le nombre des signes d’un alphabet rationnel ne doit être ni supérieur ni inférieur au nombre des sons fondamentaux de la langue à laquelle il appartient.» Il suffit de rapprocher, à cet égard, les principes posés, dès 1660, par Port-Royal. Voy. ci-dessus, p. [226].
«Or l’alphabet français est en pleine révolte contre cet axiome, car il possède six lettres entièrement superflues, et manque d’une douzaine de signes simples pour représenter des sons élémentaires.
«1o Il possède six lettres superflues, parce qu’au lieu de représenter chaque son élémentaire par un seul signe, il a commis la faute d’en employer plusieurs.
«Ainsi, au lieu de traduire le son simple QE par un seul signe ou par une seule lettre, notre alphabet ne lui en assigne pas moins de quatre, savoir: C, K, Q, CH (col, kilo, queue et choral). N’est-il pas évident qu’il y en a trois de trop?
«Le son I est actuellement représenté par trois lettres I, ï, Y (image, haïr, yeux). Ne devrait-on pas en retrancher deux?
«L’articulation S est aujourd’hui gratifiée de trois signes, savoir: C doux, Ç cédille et S (Cécile, reçu, son). Un seul ne suffirait-il pas à l’écriture ordinaire, quand il suffit aux écritures sténographique, italienne et espagnole[212]?
[212] M. Raoux aurait pu ajouter que l’s usurpe trop souvent la place du z, ce qui est fort regrettable.
«La lettre H représente un son qui n’existe pas, puisqu’il n’y a pas d’aspiration dans la langue française: pourquoi donc embarrasser notre alphabet de cette lettre parasite, surtout lorsqu’il lui en manque une douzaine?
«La lettre X fait double emploi avec S, Z, GZ et QS (dix, deuxième, examen, index). Pourquoi occupe-t-elle inutilement la place qui serait si convenablement remplie par l’une des douze lettres qui attendent à la porte?