«Enfin, le double W, signe intrus, maladroitement emprunté aux alphabets septentrionaux, se permet aussi de jouer sur le clavier des variations phonétiques, et se prononce tantôt V, tantôt OU, tantôt EU (Wolga, William, New-York).

«Voici donc six plantes parasites sur le vieux tronc de l’alphabet, six lettres parfaitement superflues, C, K, H, X, Y, W, dont il serait grand temps de faire l’amputation.

«Après s’être donné le luxe de six lettres superflues, le vieil alphabet nous présente le spectacle d’une indigence dont le chiffre est double. Douze lettres lui font défaut lorsqu’il veut traduire les douze sons simples, ou les douze notes nouvelles de la gamme alphabétique. Aussi est-il obligé de recourir, pour combler cette lacune, au stratagème des accents et des signes binaires, qui viennent jeter d’innombrables complications dans l’orthographe et de nouvelles ténèbres dans la lecture, l’écriture et la prononciation.

«L’accent aigu et l’accent grave jetés sur l’e muet devront le transformer en e fermé et en e ouvert (É, È), et les paires de lettres (digrammes) EU, AU, OU, CH, GN, LL, AN, EN, IN, ON, UN, seront chargées de représenter des voyelles, et des articulations simples.

«Si, du moins, chacune de ces lettres et chacun de ces couples, ou digrammes, n’avait qu’une seule valeur phonétique! Mais non. La lettre C traduit les quatre sons QE, SE, GUE et CH [cocarde, Cécile, second, vermicelle[213]];—G, les quatre articulations GUE, JE, NIEU et QE (digue, gerbe, agneau, sang, rang élevé); X, les articulations QS, GZ, S, Z, CHE [index, examen, Aix, deuxième, Ximenès[214]];—la voyelle U représente les trois sons U, O et OU (urne, punch, minimum, équateur, aquatique);—la consonne D, les deux articulations D et T (don, profond abîme);—la lettre F, celles-ci: F et V (fier, dix-neuf ans); Z correspond à Z, S, DZ, TS (zéphir, Rodez, mezzo, piazza)[215]

«Les différences de valeur des digrammes eu (j’ai u, un peu), ch (charité, archange, almanach), gn (stagnation, agneau), etc., ne sont pas moins nombreuses que celles des lettres simples.»

[213] On prononce maintenant, conformément à l’écriture, vermicelle et violoncelle.

[214] Dans ce mot, du xérès, c’est-à-dire du vin récolté à Xérès, on prononce l’x d’une quatrième manière, comme s’il y avait kérès, par un k.

[215] M. Raoux aurait pu ajouter la lettre Y, qui représente les sons suivants: I, Î, ÉI, IJ, IJI (la Haye, style, abbaye, paysan, citoyen).

Tout ce travail du professeur de Lausanne est intéressant, et il serait bon de s’y reporter, si l’on voulait constituer un alphabet normal pour la transcription de nos patois, ou des langues orientales, ou même simplement pour fixer un type uniforme de figuration de la prononciation dans nos dictionnaires, soit français, soit bilingues.