Toutefois l’auteur aurait dû citer les savants académiciens qui l’ont précédé, Beauzée, Domergue, et surtout Volney, qui, l’un, en 1767, l’autre, en 1806, le dernier, en 1820, ont traité à fond cette matière. Le troisième surtout a placé, dans son ouvrage intitulé: L’Alfabet européen appliqué aux langues asiatiques, une discussion excellente et approfondie de la valeur et de la distinction de nos voyelles et de nos consonnes. Après un si docte travail, il ne restait plus guère qu’à glaner et à perfectionner[216].
[216] Il aurait dû aussi mentionner MM. Marle et Féline.
Dans le chapitre suivant, intitulé: Vices des combinaisons binaires et ternaires des lettres, ou des bases de l’écriture, l’auteur étudie les effets de la combinaison des lettres de notre alphabet deux à deux et trois à trois pour former les éléments de l’écriture. On ne peut donner ici que quelques exemples du singulier effet de ces unions.
IA garde le son naturel de ses composants[217], mais AI devient E, È (j’ai, naître).—UA donne le son OUA ou A (équateur, quadrille); AU donne le son O (autre).—IO ne produit pas de son nouveau, mais OI donne un son voisin de OA (roi).—YO est stérile; mais OY offre trois sons: OU, A, I (voyelle, royaume, moyen);—EU a la même valeur que UE (peur, cueillir)[218];—S entre deux voyelles se transforme en Z (trésor, aisance); mais il y a des exceptions: vraisemblance, préséance.
[217] La diphthongue ia ne se prononce pas de même dans diable, dont la première syllabe est monosyllabique, et diamant, où elle est dissyllabe.
[218] Et en outre le son u: j’eus, gageure.
L’auteur a réuni d’autres exemples, en assez grand nombre, de vices analogues de nos combinaisons alphabétiques. Le son A s’écrit, d’après M. Marle, de 25 manières; le son AN, de 52; le son O, de 30; le son ON, de 26; le son OU, de 28; le son OI, de 25; le son È, de 55; le son É, de 25; le son EU, de 20; le son I, de 29; le son IN, de 34, etc., etc. En tout, 540 manières d’écrire 31 sons. M. Dégardin, qui a refait ce compte, trouve 568 variantes.
Dans les articles suivants, M. Raoux passe en revue les sons différents s’écrivant de la même manière. Ex.: jeu et gageure; diagnostic et agneau; altier et balbutier; fier verbe et fier adjectif; fille et ville; il est, de l’est; dans un même mot, le digramme en figurant deux sons différents: chiendent;—puis les sons identiques s’écrivant avec des signes différents. Ex.: vingt, vin, vain, vint; cène, saine, Seine, scène;—les sons nuls s’écrivant avec des annexes ou signes muets; ex.: bah, choral, honneur, plomb, chaud, froid, clefs, œufs, bourg, fusil, baril, etc.
Dans les derniers chapitres de la deuxième partie, l’auteur s’occupe des vices de l’écriture dite orthographe de principes. Nous avons six marques différentes du pluriel: S, Z, X, T, NT, ENT (les gens, vous aimez, les cieux, ils vont, ils ouvrent, ils aimaient). Sur ces six marques, cinq sont en même temps des signes employés au singulier: bras, nez, doux, vent, pont[219]. Certains mots tirés des langues étrangères prennent notre marque du pluriel (altos, erratas, opéras, pianos, quatuors, villas, zéros, etc.); d’autres ne la prennent pas (des alibi, les criterium, les choléra, les crescendo, etc.). Il passe en revue ensuite les différentes irrégularités que l’on peut signaler dans l’orthographe des verbes, de leurs temps et des participes.
[219] Il est regrettable que pour le mot fils le singulier ne puisse se distinguer du pluriel comme dans le latin, filius, filii, comme en italien, figlio, figli, en espagnol hijo, hijos. Ainsi, dans le cas de la raison sociale d’une maison de commerce, comment savoir lorsqu’on lit Firmin Didot frères et fils, par exemple, s’il y a un ou plusieurs fils? Il serait désirable qu’on pût, au pluriel, recourir à l’emploi de la lettre s longue (ſ) pour le distinguer du singulier.