III. M. Jullien juge trop sévèrement ma proposition relative à la distinction du g dur d’avec le g devant les voyelles e et i. Il en avait émis une, moins pratique, à mon avis. Il propose de supprimer la boucle supérieure du g romain (

) chaque fois que cette consonne doit conserver le son dur. Or, cette boucle est trop peu apparente pour bien distinguer l’une des formes du g, et comme elle se casse facilement sous presse, il en résulterait de fréquentes confusions.

M. Jullien a exprimé le désir de voir étendre l’emploi de la cédille sous le c à tous les cas où cette dernière a le son chuintant, et par conséquent devant les voyelles e, i, y; mais, par une singulière contradiction, il trouve que la présence de l’e muet après le g indique suffisamment que cette consonne s’écarte de la prononciation ordinaire, sans tenir compte que cet e muet joue le même rôle après le c. Pourquoi donc a-t-on préféré d’écrire commençons, au lieu de commenceons, si ce n’est pour simplifier l’orthographe, et, par conséquent, pourquoi ne chercherait-on pas à éliminer le même e euphonique après le g? La cédille ne pouvant pas être appliquée à une lettre à jambage inférieur, il faut recourir à un autre moyen, et je pense que le g italique, proposé par moi dans la première édition de cet ouvrage n’est pas une nouvelle figure, comme le qualifie M. Jullien, et qu’il serait toujours préférable à son g sans boucle. D’ailleurs, pour établir une distinction plus apparente encore, surtout pour le manuscrit, je me range définitivement à l’opinion de de Wailly et je propose le g ordinaire surmonté d’un point,

dont l’aspect rappelle le j.

IV et XVII. Je ne saurais approuver la proposition de M. Jullien de mettre une cédille sous le c dans le digramme ch pour distinguer ainsi le son français du ch, c’est-à-dire le son chuintant dans les mots çheval, çhariot, au lieu de cheval, chariot en opposition aux mots archiépiscopal, chronologie, etc.

Pour remédier à ces irrégularités, j’ai indiqué (p. [35] à [38]) un système très-simple, appuyé sur les modifications déjà accomplies. Il consiste à ranger le petit nombre de ces mots les uns dans la série des mots comme caractère, carte, écrits autrefois charactère et charte, les autres dans la série ch, en adoptant pour ce digramme la prononciation française: on continuerait donc à écrire archiépiscopal, mais on le prononcerait comme archidiacre. De cette manière toute difficulté disparaîtrait.

La préoccupation constante de M. Jullien est de conserver l’identité graphique avec le radical à tous les mots de la même famille; c’est pourquoi il trouve qu’il vaudrait mieux écrire monarçhie, monarche, au lieu de monarchie, monarque. Il soutient avec raison que l’écriture concourt à fixer la prononciation, mais il ne faut pas entendre, par ce mot fixer, la consécration d’une prononciation vicieuse qui n’est pas justifiée par les lois de l’euphonie française. Rien ne s’opposerait à prononcer chirographe, archétype, comme on prononce chirurgien, archiduc, d’autant plus que les mots de cette catégorie sont d’un usage restreint, et que quelques-uns d’entre eux sont déjà prononcés à la française. Si, d’un autre côté, le changement de la prononciation était contraire à l’euphonie, comme celle de monarquique au lieu de monarchique, tactiquien au lieu de tacticien, pourquoi alors ne pas conformer l’écriture à la prononciation? Pourquoi, en vue d’une régularité superficielle, compliquer les difficultés inévitables de la lexicographie? Et remarquons encore que cette soi-disant régularité ne pourrait pas s’étendre à toutes les familles de notre langue; elle ne serait donc que partielle. La permutation des consonnes est commune à toutes les langues, et elle est très-logique. Nous prononçons mécanique et mécanicien, car mécaniquien est impossible; devrions-nous pourtant écrire mécaniche pour conserver le c radical? La complète identité du dérivé avec le radical étant souvent impossible dans la prononciation, il ne semble pas rationnel de la désirer dans l’écriture.

V. L’opinion de M. Jullien sur l’emploi du tréma est très-juste, mais seulement pour un nombre restreint de cas, comme dans les mots argüer pour le distinguer de arguer; Guïse en opposition à guise, etc. Quant aux mots équitation, équestre, quiétude en opposition à inquiétude, anguille en opposition à aiguille, c’est leur prononciation plutôt que leur orthographe qui devrait être régularisée, et je crois qu’avec le temps l’usage en fera justice, d’autant que la tendance de prononcer qu comme k et ui comme i se manifeste de plus en plus. La présence du tréma ne serait qu’un obstacle à une régularisation progressive.