Il en est de même pour les noms propres venus de l’hébreu et terminés en am, comme Adam, Abraham, Balaam, etc., dont la finale est, par une singulière bizarrerie, nasale dans Adam et sonore dans Abraham. L’usage en rendra la prononciation uniforme.
VI. M. Jullien propose d’introduire le trait d’union dans les mots de-sus, de-sous, di-syllabe, dys-entérie. Cette opinion, tout en étant logique et conforme à la prononciation, me paraît difficile à être mise en pratique, vu la tendance générale de toutes les langues à réunir en un seul les mots composés, ce qui évite la difficulté de les écrire au pluriel.
VII. La différence qu’il établit dans la prononciation de la diphthongue oi dans je bois et du bois, etc., me paraît trop faible pour nécessiter l’accent dans je boìs et autres mots semblables.
VIII. La substitution de l’accent grave à l’accent circonflexe dans les mots extrème, thème, suprème ne me semble pas indispensable. L’accent circonflexe suffit très-bien à la fonction de marquer les voyelles à la fois longues et toniques.
IX. L’addition d’une apostrophe placée devant l’h quand elle n’est pas aspirée serait une innovation utile, mais il serait préférable de supprimer cette h du moment où elle n’indique aucune aspiration: c’est ainsi que Corneille écrit alte, où nous avons aujourd’hui une forte aspiration, et que le mot aleine, du latin halitus, est écrit dans le manuscrit de Le Ver.
X et XI. Il blâme avec raison les phonographes qui voudraient voir les mots bateau, chapeau, écrits comme zéro, et il fait observer que l’écriture correcte de dessiller et forcené est déciller, forsené (fors ou hors de sens).
XII. M. Jullien pense comme moi que la difficulté de distinguer les désinences en ant et en ent devrait engager à adopter la forme ant pour tous les participes, adjectifs et substantifs verbaux. «C’est, dit-il, un labyrinthe perpétuel où il est impossible de trouver un fil pour se guider.»
XIII. Il voudrait qu’on écrivît tous les pluriels par s et qu’on supprimât les x qui ont usurpé la place de l’s. On écrivait autrefois beautez, dignitez; on écrit aujourd’hui beautés, dignités; il faudrait généraliser ce progrès et écrire heureus, animaus, etc.
XIV. Il préfère l’accent grave à la réduplication des consonnes, et voudrait qu’on écrivît j’appèle, je jète, comme on le fait pour je gèle, j’achète.
Je suis aussi de cet avis, mais bien qu’un certain nombre de mots soient ainsi écrits, et qu’il conviendrait d’en augmenter le nombre jusqu’au moment où tous seront écrits uniformément, cependant ce serait apporter, quant à présent, un trouble trop grand aux habitudes.