Le POLONAIS écrit: Grammatyka teoretyczno-praktyczna, grammaire théorique et pratique. Kolor perlowo-szary, couleur gris-perle. Le premier composant est un mot invariable.

Le RUSSE: Русско-французкая Грамматика, grammaire russe-française. Магазинъ-вахтеръ, un garde-magasin; Магазинъ-вахтеры, des gardes-magasin: le premier composant est toujours invariable; donc, pas de difficulté.

L’ANGLAIS possède le trait d’union, dont il fait un emploi aussi simple qu’ingénieux:

North-wind, vent du Nord; herring-woman, femme au hareng, harengère; eye-service, service qu’on rend sous les yeux du maître; jew-like, mot à mot, à la manière juive; Jews-ears, oreille de Judas. L’invariabilité du premier mot ne permet jamais d’embarras pour l’orthographe du pluriel.

En résumé: aucune hésitation pour l’emploi du trait d’union et l’orthographe des mots composés dans les diverses langues de l’Europe.

Nous sommes moins heureux en FRANÇAIS:

Au lieu de la simplicité des procédés de composition de l’ancien français qui agglutinait les mots, en les fondant au besoin, ou les laissait séparés, mais ne connaissait pas le trait d’union, voici DIX règles, accompagnées d’exceptions, règles sur lesquelles on n’est pas d’accord, et dont quelques-unes contredisent l’orthographe académique. Je les extrais de la Grammaire générale de la langue française de M. Poitevin, tome Ier, p. 74 et suivantes.

Tout cela est fort ingénieux et très-bien dit; mais, je le demande aux hommes pratiques, aux instituteurs de la jeunesse, lorsqu’on dictera une phrase dans laquelle se présente un de ces singuliers à accord controversé, un de ces pluriels si épineux, accordera-t-on à l’élève dix minutes de réflexion, et doit-on surcharger sa mémoire d’aussi puériles minuties? D’ailleurs, ce trait d’union, si multiplié dans nos dictionnaires et cause de tant d’embarras pour le pluriel, est-il aussi utile que nos grammairiens semblent le croire? Dans le discours parlé, on n’en tient jamais compte, et personne, sans doute, ne s’est aperçu qu’il en résultât la moindre obscurité.

M. Léger Noël, dans l’ouvrage dont nous avons parlé, p. [187], a émis sur l’emploi du trait d’union des idées toutes différentes de celles de nos grammairiens. En voici l’analyse: