A propos des mots du Dictionnaire de l’Académie empruntés de l’anglais ou de l’allemand, comme vagon, cipaye, valse, paquebot, railway, choucroute, etc., dont l’orthographe a été francisée, il s’exprime ainsi:

«Pourquoi n’en serait-il pas de même pour les mots où les th et les ph figurent aussi désagréablement que les w et k des Saxons?

«A notre point de vue, dans toute réforme orthographique, soit en France, soit en Angleterre ou dans tout autre pays, notre seul désir est de voir concilier, par une sorte de compromis entre eux, les deux systèmes basés l’un sur l’étymologie seule, l’autre sur la prononciation seule. M. Didot, dans ses observations, suggère quelque chose de fort juste à cet égard. Il fait deux listes de mots qu’il range sous deux titres: «mots d’un usage ordinaire» et «mots d’un usage exceptionnel», et il propose de simplifier les premiers, lorsqu’ils sont entrés dans le langage usuel, et de laisser aux savants leurs termes scolastiques tels qu’ils les ont formés. L’école grecque peut, si elle veut, forger des expressions techniques et les écrire comme elle veut, mais elle n’a pas le droit d’embarrasser le simple artisan avec des difficultés; car une grande partie du public et même du public liseur ne sait ni grec ni latin, et sera par conséquent incapable de distinguer les étymologies provenant de ces langues.

«Les remarques sur les doubles lettres sont très-justes, et on maintiendrait la double consonne dans le cas où elle se fait entendre, comme dans correcteur; mais il est utile de supprimer l’une des consonnes dans des mots tels que nourrir et de les écrire comme mourir.

«Les mots composés, en français, sont une source de grande perplexité, non-seulement pour les étrangers, mais même pour les indigènes; car il existe une grande diversité d’opinion relativement à la forme du pluriel dans les mots qui s’écrivent avec un trait d’union. Si le trait d’union était omis (comme le propose M. Didot), cette difficulté serait grandement diminuée; au lieu de chefs-d’œuvre, on écrirait chefdœuvres ou probablement chédœuvres. Nous mentionnerons à ce propos que l’introduction d’une branche de l’industrie britannique en France a doté ce pays d’un nouveau mot, pickpocket, qui, d’après la réforme orthographique, s’écrirait piquepoquet.

«En anglais l’emploi du trait d’union dans les mots composés est un peu incertain. Malheureusement nous n’avons pas, pour décider les questions d’orthographe, l’autorité d’un corps analogue à l’Académie française. Ce serait le devoir de la société philologique, mais elle ne s’en acquitte pas.

«Le caractère distinctif de l’esprit français est une fine perception de l’ordre et une tendance à introduire en tout une règle et une méthode. Les tendances des nations saxonnes et teutoniques sont tout autres: là c’est l’action individuelle. Nous, Anglais, nous sommes intolérants pour la centralisation, comme ne pouvant s’accorder avec ce droit individuel. Nous laissons les choses suivre leur cours, tandis que nos voisins d’outre-mer assignent aux choses le cours qu’elles auront à suivre. Il est aisé de voir de quel côté est l’avantage dans l’emploi des anomalies de la grammaire ou du dictionnaire. Dans cinquante ans ils auront fait de leur langue une armée bien réglée et bien disciplinée, tandis que la nôtre ressemblera à une foule énergique et indisciplinée, qui se pressant dans les rues d’une grande ville, y cause de la confusion.»

M. Küster critique ensuite ma proposition du t cédille:

«Nous ne pouvons admettre, dit-il, cette innovation, par la raison que nous avons plusieurs fois donnée dans le «Printer’s register» que l’ensemble des caractères restera toujours uniforme avec lui-même, attendu que pour se procurer de nouveaux caractères, soit g, soit t, les imprimeurs seraient entraînés à des dépenses qu’ils ne voudront pas plus faire pour ces lettres qu’ils ne l’ont fait pour l’À. ils sont forcés d’adopter le proverbe: «Il faut travailler avec les outils que l’on a[248]

[248] Quand on voit avec quel empressement on introduit dans les livres des caractères si variés de forme et d’aspect, uniquement par caprice et pour satisfaire au désir de nouveauté aussi général en Angleterre qu’en France, on ne conçoit pas ce motif d’une économie sordide; et l’on s’étonne qu’en Angleterre on réimprime encore des ouvrages ou passages de notre langue sans employer l’à, sous prétexte que l’usage en est étranger à la langue.