«Nous sommes persuadé que beaucoup de personnes tenteront de s’opposer aux changements proposés dans l’ouvrage que nous avons sous les yeux. Elles ont appris le français d’après la méthode actuelle, et considéreront ces modifications comme une félonie à leur égard; mais, quand nous mettons en balance les plus grands inconvénients qui peuvent résulter de ces changements et l’énorme perte de temps qu’entraîne, pour ceux qui étudient le français, le système actuel, il nous semble que toute personne impartiale décidera en faveur de la réforme.
«Nous avons consacré à cette analyse plus de place que nos colonnes ne nous le permettraient à la rigueur; mais ce travail sera probablement d’un tel poids dans l’amélioration de l’orthographe française qu’il ne peut manquer d’avoir de l’influence même sur notre orthographe. Il suffira de dire, pour conclure, que l’auteur a déployé, dans ce volume, une vaste érudition, et il prouve ses propositions avec tant de clarté et de force, que nous souhaitons sincèrement de voir l’Académie adopter les changements qui lui sont proposés. Elle facilitera ainsi aux étrangers l’étude de l’une des langues les plus belles et les plus utiles du monde entier.»
La Patrie, gazette suisse, dans son numéro du 17 janvier, conclut ainsi l’article qu’elle a consacré à ma première édition:
«Si l’orthographe phonétique, conforme, comme on l’a vu, aux origines et à l’esprit de la langue française, présente d’incontestables avantages comme méthode de lecture et d’écriture, comme orthographe de ceux qui n’ont pas le temps d’apprendre celle des lettrés, et comme moyen de figurer exactement la prononciation de la langue française et de plusieurs langues étrangères, cette écriture ne doit pas encore avoir ses entrées dans le Dictionnaire de l’Académie, d’après M. Didot. Le peuple fera le sien quand il le jugera bon. Le savant imprimeur-libraire de l’Institut de France ne pouvait évidemment parler à l’Académie française que de l’orthographe des lettrés, et on doit lui savoir un gré infini d’avoir si nettement posé la question, et pris si courageusement l’initiative des importantes réformes indiquées dans son volume.
«Si l’on ajoute à cette publication du savant éditeur parisien les Rapports qui viennent d’être faits à l’Institut genevois par deux de ses membres, rapports très-favorables à la réforme orthographique, on verra que cette question mérite d’attirer partout l’attention des lettrés aussi bien que celle des amis de l’instruction populaire.»
M. O. Havard, dans la Revue du monde catholique du 25 mai dernier, adhère, avec de grandes réserves, au principe de la réforme:
«Comme conclusion pratique, dit-il, M. Didot voudrait, avec M. Raoux, voir les lexicographes représenter la prononciation, en tête des dictionnaires anglais, arabes et turcs, dans un système phonographique perfectionné et convenu entre les linguistes.
«Mais, avant d’en arriver à ce développement, la méthode phonétique a besoin de mûrir; jusque-là il faut se défier des innovations désordonnées, imprudentes, et ne pas éliminer une difficulté pour nous gratifier aussitôt d’une autre. Plus tard alors pourra-t-on voir l’Académie française se montrer aussi hardie que l’Académie de la Crusca en 1612, l’Académie de Madrid en 1726, le grand Vocabulario portuguez de Coïmbre en 1712, et concilier, dans la mesure légitime, le système phonographique avec le système orthographique des langues néo-latines. Mais l’anarchie qui règne en France dans la prononciation de la langue rendra toujours difficile, et peut-être d’ici longtemps impraticable, le projet des phonographes. Non-seulement entre les provinces du Nord et du Midi, mais dans la même contrée, on se trouvera en présence de dialectes et d’idiomes qui modifient singulièrement la prononciation littéraire. Il faudrait donc adopter une méthode conventionnelle: mais avec l’éducation insuffisante des classes inférieures, pourra-t-on la populariser?»