[56] Par une semblable bizarrerie, on écrit le loisir, au lieu de l’oisir, de otium, d’où nous viennent aussi oisif, oisiveté; le loriot au lieu de l’oriot, et le lendemain, au lieu de l’endemain. On commet la même faute lorsqu’on écrit l’Alcoran au lieu de le Coran, l’alchimie, l’alcôve; et c’est à tort qu’on a admis dorer, dorure, au lieu de orer, orure, comme on écrit orfèvre, orfévrerie.
On ne devrait pas écrire dyssenterie par deux s, puisque l’étymologie grecque ne nous en donne qu’une, et que, dans le Cahier de remarques, on rapproche avec raison dysenterie de dysurie. Il faudrait même écrire dysentérie avec l’accent aigu.
Quant au double t, l’Académie écrit abatage, abatée, abatis; elle pourrait écrire abatoir, et même supprimer le double t dans abattement, abattu. Corneille et Bossuet écrivent abatre, batu et rabatu; et H. Estienne, dans son traité de la Précellence du langage françois, écrit combatre, combatu, débatre, débatu, rabatre, rabatu; Fénelon et Bossuet écrivent: flater et froter, atandre, atantif, atantions, ataque et non attendre, attentif, attentions, attaque, etc. Les imprimeurs ont eu grand tort de ne pas suivre l’orthographe des auteurs et de la transformer (pour ne pas dire défigurer) en la réduisant à l’uniformité d’après l’orthographe du Dictionnaire de l’Académie alors en vigueur. (Voir [Appendice E].)
On pourrait aussi supprimer le double t dans attabler, attacher, attendre, atténuer, attribuer, attrouper, puisqu’on écrit atermoyer, atermoiement, atrophier, atourner.
Il y a contradiction à écrire:
| démailloter | et emmaillotter | radoter | et ballotter |
| sangloter | et marmotter | coqueter | et regretter |
| jeter | et flotter | tricoter | et trotter |
| concomitant | et intermittent | tripoter | et gigotter |
| feuilleter | et frotter | comploter | et grelotter |
| projeter | et guetter | il épèle | et il appelle |
| cacheter | et égoutter | souhaiter | et guetter |
| caqueter | et fouetter | souffleter | et acquitter |
| raboter | et garrotter | j’époussète | et je rejette |
| exploiter | et regretter |
Pourquoi un double p dans apparaître, appartenir, appesantir, appliquer, apposer, apprêter, apprivoiser, approcher, approbation, approximativement, puisque l’Académie écrit apaiser, apercevoir, aplanir, apetisser, apitoyer, aplatir, aposter, apostiller, apurer, et ne pas écrire, conformément à la prononciation, apauvrir, apesantir, aplaudir, aposer, aporter, aparaître, apareiller, apartenir, apartement, aprentissage, aprêter, apointer, aprécier, apréhender, aprendre, aprofondir, aproprier, aprouver, apuyer?
Pourquoi, lorsqu’on écrit avec un seul p: occuper, attraper, grouper, dissiper, mettre deux p à développer, envelopper (Bossuet écrit enveloper), échapper, agripper?
On verrait aussi avec plaisir la suppression du double p à appeler: la nuance de la prononciation dans certains temps de ce verbe est si faible qu’elle peut être omise, à l’exemple de tant d’autres plus sensibles en certains mots. Par là on éviterait la difficulté de l’emploi tantôt du double p et du double l, tantôt du seul p ou l. Le Dictionnaire de l’Académie écrit il appelait et Perrot d’Ablancourt apelloit; dans les anciens manuscrits, apele est écrit avec un seul p, et dans d’autres on lit appelloit.
Puisque l’on écrit déprimer, on devrait écrire suprimer et non supprimer; l’affixe su est la contraction de sus et non de super. Il en est de même de supporter, qui ne devrait prendre qu’un seul p.