[58] Ce composé s’est écrit d’abord de ores en avant, puis d’ores en avant, doresenavant, puis doresnavant, dorenavant, et enfin dorénavant.
Dans les autres langues, les mots composés ne forment qu’un seul mot, ou, si les traits d’union sont quelquefois admis, ils sont employés de manière à n’offrir aucune difficulté grammaticale.
La langue italienne, qui de toutes se rapproche le plus de la nôtre, de plusieurs mots n’en forme qu’un seul[59]: acquavita, eau-de-vie[60]; affatto, tout à fait; capodopera, chef-d’œuvre; nulladimeno, néanmoins; contuttociò, avec tout cela; conciosiacosachè, conciofossecosachè, puisque, bien que; perlaqualcosa, c’est pourquoi; et en espagnol: guardacostas, garde-côte; contraprueba, contre-épreuve; guardasellos, garde des sceaux, etc.
[59] Je me rappelle avoir lu dans Boccace contuttosiacosachè.
[60] Les Espagnols en ont fait aussi un seul mot: aguardiente, contracté de agua ardiente.
Palsgrave, dans son Esclarcissement de la langue françoyse, en 1530, écrivait aulcunefoys, souventesfoys; autravers, paradventure, jusqu’adix, jusqu’aumourir.
Dans nos anciens manuscrits, on ne voit aucun trait d’union[61], non plus que dans les dictionnaires de Robert Estienne. C’est dans le Dictionnaire de Nicot que je le vois apparaître pour la première fois, en 1573.
[61] «Quant à l’accent enclitique[‡] (sorte de trait d’union), disait Dolet en 1540, il n’est point recevable en la langue françoyse, combien qu’aulcuns soient d’aultre opinion. Lesquelz disent qu’il eschet en ces dictions, ie, tu, vous, nous, on, ton. La forme de cest accent est telle, ′: par ainsi ilz vouldroient estre escript en la sorte qui s’ensuyt: M’attenderai′ ie à vous? Feras′ tu cela? Quand aurons′ nous paix? Dict′ on tel cas de moy? Voirra′ lon iamais ces meschants puniz? Derechef ie t’aduise que cela est superflu en la langue françoyse et toutes aultres: car telz pronoms demeurent en leur vigueur, encores qu’ilz soient postposés à leurs verbes. Et qui plus est, l’accent enclitique ne conuient qu’en dictions indeclinables, comme sont en latin, ne, ve, q′, nam. Qu’ainsi soit, on n’escript point en latin en ceste forme: Feram′ ego id iniuriæ? Eris′ tu semper tam nullius consilij? Tiens donc pour seur que tel accent n’est propre aulcunement à nostre langue.»
[‡]L'accent enclitique est représenté ici par le signe prime.
Le grand nombre de mots connus sous la dénomination de mots composés, parce qu’ils n’expriment qu’une seule idée ou qu’un seul objet avec le concours de plusieurs mots, sont maintenant tantôt réunis par un tiret ou trait d’union, tantôt séparés, sans tirets, et tantôt groupés en un mot unique.