Mots en ENT prononcés différemment, bien qu’écrits de même.

affluent, adj. ils affluent un résident ils résident
un expédient ils expédient violent, adj. ils violent
content, adj. ils content un couvent elles couvent
convergent, adj. ils convergent un confluent ils confluent
un équivalent ils équivalent évident, adj. ils évident
excellent, adj. ils excellent divergent, adj. ils divergent
négligent, adj. ils négligent un parent ils parent
émergent, adj. ils émergent coïncident, adj. ils coïncident
un président ils président

En adoptant la désinence ANT pour tous les adjectifs et substantifs verbaux on éviterait donc cette homographie qui vient encore accroître le trouble déjà signalé; or, du moment où la terminaison ant l’emporte de beaucoup en nombre sur ent et que la prononciation est identiquement la même dans l’un et l’autre cas, on propose de ramener tous les substantifs et adjectifs verbaux à un seul et même type en ant.

Bossuet, lors des discussions préliminaires pour le Dictionnaire de l’année 1694 (voir [App. C]), frappé déjà de l’incohérence de l’orthographe des adjectifs et des substantifs terminés les uns en ant, les autres en ent, cherchait le moyen de parvenir à une sorte de régularité, et, comme il lui semblait que, dans l’ensemble des mots français formés par le participe latin en ens, la terminaison en ent était plus nombreuse que celle en ant, il proposait à cet effet, tout en maintenant au participe présent, ainsi qu’au gérondif, la forme exclusive ant[68], de donner à tous les autres la forme ent.

[68] Dans les manuscrits autographes des sermons de Bossuet, 2 vol. in-fol., que j’ai examinés à la Bibliothèque impériale, on remarque, au contraire, une tendance naturelle à remplacer l’e par l’a, conformément à la prononciation. Il écrit donc constamant, contant, contanter, contantement, atantion, atantif, atantivement, atantats, cepandant, commancer, etc. Il écrit commancement et assambler, et presque toujours, si ce n’est toujours, il écrit, comme Corneille, vanger, vangeance.

Ainsi on trouve écrit par Perrot d’Ablancourt retrencher, garentie, qui sont devenus garantie et retrancher conformément à la tendance de substituer l’a à l’e, et il écrit restraindre comme nous écrivons contraindre; mais aujourd’hui on écrit restreindre avec un e.

Fénelon, à toutes ses éditions, écrit les Avantures de Télémaque, et Racine écrit aussi avanture, vanger, vangeance. L’Académie cependant écrivait aventure dès sa première édition de 1694. Fénelon ne publia sa première édition: Suite du quatrième livre de l’Odyssée d’Homère ou Avantures de Télémaque, qu’en 1699, et toutes les éditions postérieures, y compris celle de Étienne Delaulne, 1717, portent le titre d’Avantures. Fénelon persistait donc, malgré l’Académie, à écrire et faire imprimer son livre avec le titre courant d’Avantures, et c’est ainsi que sont imprimées les Avantures de M. d’Assoucy, les Avantures du baron de Fœneste.

Mais, contrairement au sage avis de Bossuet, qui voulait l’uniformité, l’Académie inscrivait dans son Dictionnaire près de la moitié des adjectifs et des substantifs verbaux (voir le tableau page [69]) avec la désinence ant, bien que formés tous sur la désinence ens du latin, tels que: affligeant, ascendant, assistant, assujettissant, attenant, attrayant, avenant, bien-disant, bienfaisant, bienséant, cédant, etc., entraînée en cela par le grand nombre d’adjectifs et substantifs verbaux provenant de mots forgés sur la première conjugaison latine, arrivant, aimant, amant, allant, appelant, etc., et sur les mots étrangers au latin, agaçant, attachant, brisant, gagnant, passant, tranchant, etc.

Ainsi, dès cette époque, la formation en ent, que j’appellerai latine, avait cessé de fonctionner, et dès lors l’adjectif et le substantif verbal se formant à fur et à mesure des besoins sur le participe présent français toujours en ant, il en résulte que le nombre des mots de ce genre l’a emporté de beaucoup par un usage constant sur ceux dont la désinence est en ent.

Maintenant, en présence des faits, on peut être assuré que Bossuet, avec la supériorité de son esprit et la rigueur de sa logique, n’aurait pas hésité à adopter pour règle l’uniformité de la désinence en ant. Et, en effet, puisque la prononciation est la même pour tous, pourquoi retarder plus longtemps une réforme si facile, qui épargnerait l’obligation, très-pénible, souvent même impossible, d’établir une distinction dans l’orthographe des participes présents et celle des adjectifs et substantifs verbaux, dédale où la connaissance du latin et des étymologies, loin de nous guider, nous entraîne, comme on vient de le voir, dans de perpétuelles contradictions?