Si ce principe était adopté, on pourrait conserver la désinence ent au petit nombre de mots formés directement du latin, comme gent de gens; aux mots calqués sur la désinence latine du neutre en entum, comme testament, monument, de testamentum, monumentum, et enfin à tous nos adverbes en ment, tous par e, à cause de la racine mente. Ces trois classes de mots feraient seules exception à la règle de l’a remplaçant e dans les mots terminés en ant.
DE L’ORTHOGRAPHE ET DE LA PRONONCIATION DES MOTS EN ANCE ET ENCE.
Enfin l’Académie examinera s’il ne conviendrait pas de ramener à une seule et même orthographe les mots ayant leur désinence en ance et ence.
Tous les substantifs dérivés des verbes de la PREMIÈRE conjugaison latine se terminent par ance: abondance, assonance, consonance, extravagance, substance, etc.
Pour les mots dérivés des verbes de la DEUXIÈME conjugaison, le plus grand nombre se terminent en ence: cependant l’Académie écrit: appartenance et abstinence, allégeance et agence, bienséance et équipollence, dépendance et éminence, complaisance et dissidence, condoléance et déshérence, déchéance et décadence, déplaisance et permanence, engeance et exigence, intendance et incidence, malveillance et pénitence, naissance et innocence, plaisance et indulgence, surséance et présidence, prévoyance et providence, réjouissance et résidence, redevance et impertinence; enfin elle écrit diversement les dérivés d’un même verbe: (de tenere, tenens), contenance et continence, (de videre, videns), clairvoyance et évidence, etc.
Pour les mots dérivés de la TROISIÈME conjugaison, la moitié s’écrivent par ance ou par ence, sans motif apparent: assistance et adolescence, bienfaisance et magnificence, concomitance et concupiscence, confiance et confidence (de confidere), consistance et conséquence, descendance et convalescence, croyance, crédence et créance (de credere), croissance et conférence, déchéance et décadence (de cadere), défiance et désinence, gérance et agence, médisance et confidence, méfiance et mésintelligence, insuffisance et éloquence, intendance et intelligence, concomitance et intermittence (l’un avec un t, l’autre avec deux t), naissance et affluence, oubliance et négligence, subsistance et existence.
Pour les mots dérivés de la QUATRIÈME conjugaison, ils se bornent à 6 ou 8 et présentent la même anomalie: convenance et audience, disconvenance et conscience, souvenance, prévenance et expérience, obéissance et obédience, insouciance et science.
Ainsi, par ces modifications ou plutôt ces rectifications, la grammaire, débarrassée de ce grand nombre d’exceptions et de fatigantes minuties, deviendra plus facile à apprendre, et allégera pour l’Académie l’obligation d’en rédiger une. C’est peut-être aux fastidieux détails qui surchargent encore cette œuvre, confiée d’abord à Regnier des Marais, qu’on doit, du moins en partie, attribuer son ajournement.
Et, en effet, qui a le courage aujourd’hui de lire la Grammaire de des Marais, si ce n’est comme étude historique?
Le conflit entre l’orthographe propre au français et celle du latin ne date pas, il est vrai, de l’époque du savant secrétaire de l’Académie de 1694. Si nous nous reportons au temps des Estienne (1540), nous le trouverons aussi marqué qu’à présent, mais cependant en sens inverse. Ce sont les mots en ence qui paraissent alors l’emporter numériquement sur les mots en ance. Mais il n’en est plus de même si l’on remonte à 1420-40, au moment où Firmin Le Ver rédigeait son dictionnaire. Une couche très-riche de mots français d’ancienne formation subsistait encore, et, dans ce fonds antérieur à la Renaissance, les vocables latins en entia sont traduits par des mots français en ance que Le Ver, en sa qualité de Picard, écrit souvent par anche. Par exemple: