On y rencontre peu de lettres dites étymologiques, et, quand les consonnes sont redoublées, c’est probablement qu’elles se prononçaient ainsi. Il écrit abbe, abesse, abaye..... alumer, flateur..... acolite, fiole, doy (digitus), vayne (vena), autentique, blon, painture, acoutumer, acompagner, acroistre et solicitude; mais il double la consonne l lorsqu’elle termine un mot dont la désinence est en e féminin; ainsi, il écrit: argille, cautelle, huille, et l’on y voit ces mots ainsi figurés, deffendre, celluy, couraige, secret, enhardy, oyseaulx, poyson, pulpitre, haultesse, etc.
2o Vocabularius latinis, gallicis et theutonicis verbis scriptum (sic). Il parut à Strasbourg, en 1515, chez Mathis Humpffuff; il est composé de 36 ff. in-4. J’en extrais, comme curiosité orthographique, quelques-uns des noms relatifs aux oiseaux:
«Avis, oyseau. Auceps, oyseleur. Nidus, nid. Aquila, aigle. Falco, faulcon. Accipiter, tiercelet. Nisus, espervier. Ventilanus, vannete. Milvus, huan. Ardea, hairon. Ciconia, sigoigne. Cignus, cigne. Griphus, griffon. Pellicanus, pelican. Strucius, ostruche. Grus, grue. Nicticorax, chuette. Vultur, voultour. Ossifragus, freynol. Ritersculus, roytellet. Philomena, rossignol. Canapelus, chardoneret. Citradula, cerin. Ficedula, grive. Figellus, pinson. Sturnus, estourneau. Parix, mesange. Passer, moyneau. Psiacus, papegay. Turtur, turierelle. Palumbus, colombier. Pavus, paon. Quastulla, caille. Arundo, arondelle. Pica, pie ou agasse. Cornix, corneille. Vespertilio, chauvesouris. Anas, anette ou cane. Auca, oye. Monedula, corneille. Gallus, coq. Gallina, gelline. Pullus, poussin. Capo, chappon. Pullinarium, poullalier. Papilio, papillon. Vespa, mousche gueppe. Apes, mousche a myel. Cuculus, cocul. Lucinia, hoche cul. Upupa, hupe.»
3o Le Vocabularius nebrissensis[91] de 1524 est un travail beaucoup plus ample que le précédent. Il contient près de 30,000 mots latins avec leurs correspondants ou leur interprétation en français. L’influence de la Renaissance y est encore bien peu sensible. Son système orthographique, un peu plus régulier, ressemble à celui du Catholicon abbreviatum. Il n’est pas plus étymologique que son prédécesseur en ce qui concerne les mots tirés du grec, et en général il se borne à les interpréter sans les retranscrire sous la forme française. Il ne s’asservit pas non plus trop à l’orthographe latine: il écrit cicorée, cengle (cingula), saincture, estraines (étrennes). Les l qui ne se prononcent pas figurent cependant dans bien des endroits: poulpitre, avantureulx, chault (calidus).
[91] Publié à Lyon par Frère Gabriel Busa, de l’ordre des Augustins, d’après le Dictionnaire latin-espagnol de Antoine de Lebrixa.
Quant aux doubles lettres, il peint la prononciation: resembler et assembler, netoyer, alumer, acoustumer et accorder, accepter, appeller, amonceler, etc. Ce précieux Dictionnaire constate un état très-intéressant de notre langue, celui où elle va subir l’influence, qui sera trop longtemps dominante, du latin classique et même quelquefois du grec.
Robert Estienne eut le premier, en 1540, l’honneur de publier non plus un simple Vocabulaire, mais un Dictionnaire français-latin, dans les conditions d’érudition et de critique qu’exigeait un tel travail. Son œuvre, accrue et perfectionnée dans l’édition de 1549, fit autorité et exerça pendant deux siècles une grande influence sur l’orthographe. Elle contient près de 20,000 mots français suivis de leurs diverses acceptions et de leur interprétation latine.
Cette belle édition, où Robert Estienne introduisit une riche moisson de termes nouvellement imités du latin et même du grec, servira donc de point de comparaison avec la manière d’écrire qui a précédé et celle qui a suivi.
Le docte imprimeur écrit, on le comprend, conformément à l’étymologie des mots savants de nouvelle formation, mais de plus, il a réintégré des lettres dites caractéristiques dans une grande partie des mots d’une époque antérieure. Il corrige cylindre au lieu de cilindre, cymaise au lieu de cimaise, cymbale au lieu de cimbale, cyprès au lieu de ciprès, phiole au lieu de fiole; il écrit chauchemare (cauchemar), chaulx (calx), cheueul (capillus), cichorée; il redresse hermite en ermite; il réclame chifre et non chiffre, à cause de l’hébreu sephira. Il respecte cependant les formes consacrées par l’usage, soulfre, thriacle (thériaque), et il écrit sans th tesme (thema), et sans ph orfelin. Sa manière d’agglutiner les mots composés est conforme à celle que je propose: il réunit tous les mots composés avec la préposition contre[92]; il écrit chaussetrape, chauuesouri, chathuant (qui serait mieux écrit chahuant), des chaufecires. On peut regretter toutefois de rencontrer partout dans ses colonnes des mots défigurés par l’addition de lettres latines déjà représentées dans le français, comme chaircuictier, poulpitre, poulser, poulsif, poulsin.
[92] La marque du superlatif très est toujours réunie au mot qu’il modifie: tresaccoutumé, tresaise (très-aise), tresuite (très-vite). Cette série forme plus de trois cents mots dans son Dictionnaire.