- «1o De suiure l’usage constant de ceux qui sçauent écrire;
- «2o Qu’elle ueut tascher de rendre autant qu’il se pourra l’usage uniforme;
- «3o De le rendre durable;
[113] C’est pourtant ainsi que l’on écrit ce mot aujourd’hui.
[114] Je n’ai pu vérifier sur l’original la manière dont ce mot est écrit par Bossuet, et cependant son esprit logique le conduisait à écrire comme on prononce: CONTANT. Ainsi, dans le manuscrit original de Bossuet du troisième sermon tout entier que j’ai examiné, il écrit, p. 37, contanter; p. 38, contant; p. 39, contantement; p. 45, pourvu que je sois contant. Ce n’est donc pas un lapsus calami, puisque jamais dans ces mots l’a n’est remplacé par l’e. Il en est de même pour le mot atantif; ainsi on lit, p. 39 (recto), atantions et (verso) atantifs; p. 40, atantifs et atantion; p. 46, atantif; à la page 48 (verso), la raison touiours atantive et touiours constante. Ailleurs, il écrit avec un seul t: ataque, flate, frote, et sans y les mots tiran, mistere, misterieux. Dans un autre sermon, p. 17, je lis: n’est-ce pas lui qui les a assamblés. Voir [App. E].
[115] On peut aujourd’hui, grâce au progrès des études philologiques, reconnaître tout ce que cette remarque ingénieuse de Bossuet a de profond et de juste. Le ct des Latins s’était changé en français en it et non en ct; exemple: nuit, fait, trait, étroit, réduit, conduit; allaicter, nuict, faict, étroict, etc., ne sont que de malencontreuses corrections des grammairiens du XVIe siècle.
«Qu’elle a dessein pour cela de retenir les lettres qui marquent l’origine de nos mots, sur tout celles qui se uoyent dans les mots latins, si ce n’est que l’usage constant s’y oppose; que comme la langue latine ne change plus, cela servira à fixer nostre orthographe; que ces lettres ne sont pas superflües parce qu’outre qu’elles marquent l’origine, ce qui sert mesme a mieux apprendre la langue latine, elles ont diuers autres usages, comme de marquer les longues et les breues, les lettres fermées et ouuertes, la difference de certains mots que la prononciation ne distingue pas, etc. Que la Compaignie pretend retenir non seulement les lettres qui marquent l’origine, mais encore les autres que l’usage a conseruées, par ce qu’oultre qu’elle ne ueut point blesser les yeux qui y sont accoustumez, elle desire autant qu’il se peut que l’usage deuienne stable, ioint qu’elles ont leur utilité qu’il faudra marquer, etc.»
Ce juste milieu que Bossuet proposait à l’illustre Compagnie de tenir entre l’orthographe ancienne, surchargée de lettres prétendues étymologiques qui ne se prononçaient pas, et l’écriture des novateurs, purement figurative de la prononciation, est encore aujourd’hui le parti de la sagesse. L’Académie de 1694 ne s’en tint pas à ces idées; elle se jeta alors, à la suite de Regnier des Marais et des latinistes, et contrairement aux principes de Corneille et de Bossuet, dans une voie hérissée de difficultés en voulant concilier à la fois la tradition de la prononciation du français, l’usage qui tend sans cesse à simplifier, et la conformité au latin, où, à défaut d’une accentuation écrite, la duplication de la consonne semble avoir eu pour but de rendre longue la syllabe qui la précède. En transportant ainsi au français les règles de la quantité du latin, on s’exposerait à méconnaître profondément le génie de notre langue.
Bossuet avait pressenti cet écueil, car on trouve encore cette note de sa main:
«Il faudroit expliquer a fond la quantité françoise en quelque endroit du Dictionnaire aussi bien que l’orthographe. La principale remarque à faire sur cela, c’est que la poesie françoise n’a aucun egard à la quantité que pour la rime et nullement pour le nombre et pour la mesure; ce qui fait soupçonner que nostre langue ne marque pas tant les longues a beaucoup pres que la grecque et la latine.»
Les travaux les plus récents ont encore une fois donné raison à Bossuet en établissant qu’il n’existe pas en français de quantité métrique, c’est-à-dire mesurable, mais bien un accent tonique, placé en général sur la même syllabe qui le portait dans le mot du latin rustique dont est sorti notre idiome.
L’abbé de Dangeau, membre de l’Académie française en 1682.