«Il y aurait, dit M. Gabriel Henry (Hist. de la langue française), de l’ingratitude à passer sous silence les services essentiels que l’abbé de Dangeau rendit à la langue en nous donnant une idée claire de ses sons originaires, en fixant irrévocablement la nature du son nasal, confondu si souvent avec les consonnes par nos anciens grammairiens, en examinant la nature des temps du verbe et en nous en faisant connaître les différentes propriétés. On regrette, pourtant, qu’il ne nous ait pas développé ses idées dans toute la suite d’un système grammatical; mais le peu qu’il nous a laissé lui assure une place distinguée parmi nos grammairiens. Ses successeurs n’ont eu qu’à le copier dans les articles qu’il a rendus publics.»
Dangeau reconnaît dans la langue française quinze voyelles ou sons simples qu’il classe ainsi:
Cinq voyelles latines: a, é, i, o, u;
Cinq voyelles françaises: ou, eu, au, è ouvert (comme dans cyprès), e muet (comme dans juste);
Cinq voyelles sourdes ou esclavones, ou nasales: an, en, in, on, un.
«Chez les Latins, dit-il, des mots dérivés du grec sont écrits tantôt par ph et tantôt par f. Preuve certaine qu’ils ne prononçoient pas le ph comme l’f. Quand il leur est arrivé d’adoucir l’aspiration du φ grec, ils ne se sont plus servis du ph. Pourquoi donc ne pas imiter les Italiens et les Espagnols, qui n’ont pas crû être obligez à garder l’ortographe latine dans les mots venus du grec, et qui écrivent teologo sans h, filosofo et Filippo par des f, etc.?»
Tout le travail de l’abbé Dangeau, qui occupe les pages 1 à 231 des Opuscules de d’Olivet, cités au bas de cette page, mérite d’être lu avec attention: non-seulement on y trouve les vues les plus originales, les plus justes et les plus profondes sur la classification des sons du français, mais de curieux détails sur la prononciation de la fin du dix-septième siècle. Voir à l’[Appendice D] l’analyse de la réforme de Dangeau.
L’abbé de Choisy, membre de l’Académie française en 1687.
En tête de son Journal de l’Académie françoise[116], il donne les explications suivantes:
[116] Ce journal, dont l’Académie ne voulut point permettre la publication, parce que cette société trouvait qu’il était d’un style trop libre et ressemblait trop à celui du Journal de Siam, du même auteur, a paru dans le volume publié en 1754 (par d’Olivet) sous le titre d’Opuscules sur la langue françoise, par divers académiciens, Paris, Brunet, in-12.