Le service rendu par Voltaire, de faire accepter généralement la réforme des imparfaits en oi et de ce même digramme dans le corps du mot, comme dans connoître, a obtenu le suffrage de tous, et cette réforme, que l’abbé Girard avait inutilement préconisée dès 1716, a été un acheminement à d’autres régularisations.
François de Neufchateau, membre de l’Institut national, ministre de l’intérieur, après s’être préoccupé pendant une partie de sa vie des moyens d’apprendre à lire au peuple des campagnes, émettait, en 1799, une opinion qui impliquerait de notables simplifications dans notre orthographe:
«Au premier coup d’œil, on croirait que rien n’est plus simple, plus trivial, plus vulgaire que ce que l’on nomme l’ABC, mais les meilleurs esprits en jugent bien différemment. Non sunt contemnenda quasi parva, sine quibus magna constare non possunt, a dit saint Jérôme. Le célèbre Rollin, dans son Traité des études (ch. Ier, § II), avoue qu’il serait bien embarrassé s’il se trouvait dans le cas d’apprendre à lire à des enfants. En effet, les auteurs de méthodes n’ont eu en vue que des éducations privées, celles des enfants des classes privilégiées. Locke se propose de former un jeune gentilhomme, Télémaque est composé pour un prince, l’Émile lui-même encourt en grande partie le même reproche.
«Je pose deux principes, ajoute ce ministre ami des lettres, qui me semblent démontrés: le premier, que jamais on n’apprendra à lire aux enfants des pauvres, surtout dans les campagnes, s’il faut consacrer des années entières à cette seule partie de l’instruction; et le second, qu’il importe beaucoup de n’astreindre les enfants à se procurer aucun de ces livres d’école dont on les embarrasse et que la plupart perdent ou déchirent.....»
C’est pourquoi ce sage ministre, si dévoué aux lettres, se faisait rendre compte des méthodes de simplification de la lecture par le perfectionnement de l’alphabet, et les expérimentait lui-même, afin qu’en France on pût arriver au même degré d’instruction primaire que la plupart des nations du continent. (Voyez Dieudonné Thiébault, Principes de lecture et de prononciation à l’usage des écoles primaires. Paris, 1802, in-8.)
Urbain Domergue, membre de l’Institut de France (classe de la langue et de la littérature françaises), est l’auteur d’une réforme plus absolue que celles qu’on a proposées de nos jours.
Après avoir énoncé les deux obstacles qui s’opposent à ce que notre belle langue devienne familière aux étrangers: la détermination du genre des substantifs et l’écart entre l’orthographe et la prononciation, l’académicien de 1803, plus novateur que Meigret, ajoute:
«Le second obstacle est de nature à être levé; l’orthographe d’une langue n’est pas de son essence, comme la syntaxe. Faite pour réfléchir les sons, elle est une glace fidèle, lorsque les écrivains d’une nation se sont abandonnés à la nature; infidèle, lorsque, ébloui par le faux éclat d’un savoir déplacé, détournant les signes de leur véritable institution, on a modelé l’écriture de la langue dérivée sur la prononciation de la langue primitive.
«Le retour aux principes est désiré par tous les bons esprits. Mais quelle autorité fera triompher la raison? Quel pouvoir fera rentrer dans ses limites l’érudition, toujours prête à les franchir? Quelle voix imposera silence au préjugé? Cette heureuse révolution peut être opérée par le concert de la force, à qui rien ne résiste, et des lumières, à qui rien n’échappe. Que le gouvernement dise à la classe de l’institut national chargée du dépôt de la langue française:
«Je demande que les sons de la langue soient tous appréciés et reconnus; que chaque son simple ait un signe simple qui lui soit exclusivement affecté; en un mot, que la langue écrite soit l’image fidèle de la langue parlée.