«Et je promets que l’orthographe sanctionnée par l’Académie française sera sur-le-champ adoptée:
«Dans tous les actes émanés des autorités constituées;—dans tous les journaux soumis à l’inspection de la police;—dans toutes les écoles nationales;—dans tous les établissements payés des deniers publics.»
«La raison et l’exemple auroient bientôt achevé une révolution commencée sous des auspices aussi imposants.»
Puis dans une prosopopée adressée à celui qui semblait personnifier le génie de la France, il s’écrie:
«O Bonaparte[121], jette un regard sur ces lignes, elles t’appellent à la gloire, non à celle du guerrier, tes exploits ont lassé la renommée; non à celle de l’homme d’État, la France te bénit et l’univers t’admire..... La gloire que je t’offre est pure et n’appartiendra qu’à toi seul. Ose ordonner la réforme de notre orthographe; et le mensonge abécédaire, qui prépare à tous les mensonges, ne déformera plus les jeunes esprits, et l’immense famille dont tu es le chef parlera partout le même langage, et les monuments immortels du génie et du goût de nos écrivains se présenteront d’eux-mêmes à l’étranger reconnaissant. Élevé au faîte du pouvoir par ta valeur, ta sagesse et notre amour, déploie ta force pour la propagation des idées justes, mets ta gloire dans le triomphe de la vérité.»
(Voir plus loin, pour son plan de réforme, Appendice D, à la date de [1806].)
[121] Domergue écrivait ceci en 1803, sous le Consulat.
Volney, de l’Académie française, qui s’est livré à une étude toute spéciale des langues et de l’orthographe, formule ainsi son opinion sur notre manière de représenter les sons, dans son ouvrage intitulé: L’Alfabet européen appliqué aux langues asiatiques (p. 21):
«On peut dire que depuis l’adoption, et en même temps la modification de l’alphabet phénicien par les Grecs, aucune amélioration, aucun progrès n’a été fait dans la chose. Les Romains, vainqueurs des Grecs, ne furent à cet égard, comme à bien d’autres, que leurs imitateurs. Les Européens modernes, vainqueurs des Romains, arrivés bruts sur la scène, trouvant l’alfabet tout organisé, l’ont endossé comme une dépouille du vaincu, sans examiner s’il allait à leur taille. Aussi les méthodes alfabétiques de notre Europe sont-elles de vraies caricatures: une foule d’irrégularités, d’incohérences, d’équivoques, de doubles emplois se montrent dans l’alfabet même italien ou espagnol, dans l’allemand, le polonais, le hollandais. Quant au français et à l’anglais, c’est le comble du désordre: pour l’apprécier, il faut apprendre ces deux langues par principes grammaticaux; il faut étudier leur orthographe par la dissection de leurs mots.»
(Voir Appendice D, à la date de [1821].)