Fortia d’Urban, membre de l’Institut, Académie des inscriptions et belles-lettres, s’exprime ainsi dans son Nouveau Système de bibliographie alphabétique, 2e édit., 1822, p. 9:

«Un principe, dont je crois que tout le monde reconnaîtra l’évidence, doit sans doute diriger ceux qui voudront raisonner sur notre orthographe et sur les innovations que l’on peut y apporter. Cet axiome, c’est qu’il faut écrire comme on parle. En effet, l’écriture n’étant que le signe du langage, plus l’image est fidèle, mieux elle atteint son but. C’est un avantage que la langue allemande, l’espagnole et l’italienne ont sur les langues anglaise et française; nous devons nous efforcer de le partager.»

Destutt de Tracy, de l’Académie française, émet sur ce grave sujet un jugement remarquable par sa netteté:

«Nos alphabets, vu leurs difficultés et le mauvais usage que nous en faisons, c’est-à-dire nos vicieuses orthographes, méritent encore à peine le nom d’écriture. Ce ne sont que de maladroites tachygraphies qui figurent tant bien que mal ce qu’il y a de plus frappant dans le discours, et en laissent la plus grande partie à deviner, quoique souvent elles multiplient les signes sans utilité comme sans motif.

«Que se passe-t-il avec l’alphabet actuel? On enseigne d’abord à connaître les lettres, et la facilité qu’y apportent les plus jeunes et les plus inappliqués des élèves prouve que l’obstacle n’est pas là. Il faut ensuite apprendre à épeler, c’est-à-dire à les réunir. Ici commencent des difficultés sans nombre. Elles sont véritablement infinies avec l’alphabet français, puisque personne ne peut deviner l’orthographe d’un mot nouveau ou d’un nom propre. C’est par ce motif que beaucoup de personnes renoncent à faire épeler les enfants, et préfèrent leur apprendre les mots entiers, écrits sur des cartes, comme avec l’écriture idéologique des Chinois. C’est assurément là une preuve irrécusable des vices et des difficultés que présente notre alphabet irrationel.»

«La mémoire seule peut servir à l’étude de l’orthographe; aucun raisonnement ne peut guider; au contraire, il faut à tout moment faire le sacrifice de son bon sens, renoncer à toute analogie, à toute déduction, pour suivre aveuglément l’usage établi, qui vous surprend continuellement par son inconséquence, si, malheureusement pour vous, vous avez la puissance et l’habitude de réfléchir.

«Et j’en appelle à tous ceux qui ont un peu médité sur nos facultés intellectuelles: y a-t-il rien au monde de plus funeste qu’un ordre de choses qui fait que la première et la plus longue étude de l’enfance est incompatible avec l’exercice du jugement? Et peut-on calculer le nombre prodigieux d’esprits faux que peut produire une si pernicieuse habitude, qui devance toutes les autres?»

Destutt de Tracy fut un des partisans les plus convaincus de la proposition faite par Volney d’appliquer à l’écriture des langues orientales l’alphabet latin complété.

Jouy, membre de l’Académie française, en 1829, acceptait l’idée fondamentale de la réforme dans sa réponse à l’Appel aux Français de M. Marle:

«J’ai moi-même, écrit-il, exprimé plusieurs fois le désir de voir opérer dans l’orthographe de la langue française une foule de changements que le plus simple bon sens réclame. L’emploi des voyelles inutiles et des doubles consonnes dans les mots où la prononciation n’en fait sentir qu’une seule est un reste de barbarie que l’étymologie n’excuse pas même toujours.»