Je rattrapai donc mes sabots que j'avais laissés au fond de la carriole et me remis à marcher, cherchant des yeux si quelque autre voiture ne se montrerait pas aux environs. Mon compagnon, qui était à sa manière une espèce de philosophe, bourra sa pipe et hochant la tête:

—Nous en avons trouvé une, nous en trouverons bien une autre, allons toujours, me dit-il.

J'allongeai le pas de façon à lui prouver que mes jambes n'avaient rien perdu de leur activité. Mais tout m'arrivait à souhait depuis mon entrée à Étain. Un véhicule qui tenait de la tapissière et du char-à-bancs se présenta, traîné par un fort cheval qui faisait tinter un collier de grelots. Je demandai au conducteur s'il y avait place auprès de lui pour deux voyageurs un peu fatigués.

—Cela dépend, répliqua-t-il d'un air narquois.

Je tirai une pièce blanche du fond de ma poche; l'homme sourit et la voiture s'arrêta.

—Je vois ce que c'est, continua-t-il en se tenant dans son coin, vous êtes pressés d'arriver en Belgique?

—Un peu, lui dis-je.

—Malheureusement je ne vais qu'à Longuyon.

C'était autant de gagné; à Longuyon mon guide me fit prendre un sentier derrière le village et me conduisit chez un paysan qui connaissait la contrée comme s'il en avait dressé le cadastre. Je m'expliquai cette science géométrique en voyant entre ses jambes un fusil dont il astiquait la platine. Un chien de chasse dormait, le museau dans les pattes, sur le carreau de l'âtre.

—Je comprends, mes bons amis, ne parlez point, dit le braconnier… vous voulez gagner la frontière?… je vais vous mettre dans le bon chemin.