—Pardine! Et comment as-tu fait?
—Je n'en sais rien.
—C'est comme moi! Et tu vas à Paris?
—Tout droit.
Un wagon de troisième classe nous prit tous deux. Il était plein, nous n'échangeâmes plus un mot.
Le train s'arrêtait à Namur; chemin faisant, à l'une des stations intermédiaires, et pendant les quelques minutes que l'on donne aux voyageurs, j'eus l'occasion inattendue de rencontrer un convoi prussien rempli de blessés. Quelle installation! Tout y était agencé pour le confort et le bien-être de ces malheureux! Point de paille dans d'horribles wagons à bestiaux, mais des hamacs suspendus auquels la marche n'imprime aucune secousse. Le train emportait avec lui les fourneaux pour les bouillons, les tisanes, l'eau chaude, sa pharmacie, sa lingerie, son personnel d'infirmiers et de médecins. Et je pensais à mon pauvre pays qui avait donné tant de preuves d'imprévoyance et qui devait en donner tant d'autres encore!
Après un adieu muet échangé entre mon camarade et moi, chacun de nous tira de son côté; c'était le moyen d'éveiller le moins possible l'attention.
Le quai de Namur était tout rempli de dames belges empressées autour des malheureux qui sortaient des wagons. Elles faisaient connaissance avec les plus effroyables misères. Quelques-unes joignaient les mains à notre aspect.
—Ces pauvres soldats français! répétaient-elles.
Parmi ceux auxquels elles voulaient prodiguer leurs soins et leurs aumônes, plusieurs tombaient d'inanition. On les voyait s'abattre sur les bancs ou se traîner, avec de longs efforts. On en recueillit un certain nombre dans une caserne voisine où ils trouvèrent à manger, mais ils y restèrent prisonniers. J'étais résolu à n'avoir affaire à personne et à me suffire à moi-même. Cependant une dame qui devait appartenir au monde le plus élégant de Namur, si j'en juge par la toilette, me voyant boiter très-bas, s'approcha et d'un air de pitié s'offrit à me panser.