—Merci, madame, ce n'est rien, lui dis-je.

Elle me suivit et voulut glisser dans ma main une pièce de monnaie:

—Prenez au moins cela, ce sera pour vous acheter du pain et du tabac, reprit-elle doucement.

Je ne pus m'empêcher de sourire et, lui rendant sa pièce blanche, je l'engageai à la donner à de plus misérables que moi. Elle parut un peu surprise; mais la laissant là, les deux mains dans les poches de mon pantalon de toile bleue, je sortis de la gare.

Un hôtel se trouvait en face. Je me dirigeai vers cet hôtel et demandai une chambre au garçon qui attendait devant la porte. Il prit une attitude et me toisant de la tête aux pieds:

—Nous ne recevons pas de mendiants, me dit-il.

J'avais bonne envie de lever le pied qui m'obéissait encore et de lui en faire sentir la vigueur, mais ce n'était pas le moment de faire une algarade; je tournai le dos au garçon frisé et cherchai fortune ailleurs. Il me semblait que je marchais dans un rêve. Étais-je bien dans la réalité? Une boutique dans laquelle on vendait du tabac se trouva devant moi, j'y entrai. La marchande était jeune et avait l'air avenant; j'avançai une pièce d'or sur le comptoir et lui exposai ma situation.

—Ah! je comprends, dit-elle en me regardant, suivez-moi…

Elle se leva, et d'un pied leste me conduisit dans une maison garnie du voisinage assez propre où les petits marchands et les ouvriers tranquilles trouvaient gîte.

—Une nuit est bientôt passée, me dit-elle alors.