Ce discours, prononcé au bruit de la foudre, à la lueur des éclairs, remplit les guerriers d'un enthousiasme surnaturel. Un des Sachems proposa d'incendier le camp des pionniers; les voix furent partagées dans le conseil. Ceux à qui l'âge et l'expérience donnaient plus d'autorité firent observer qu'il serait dangereux d'attaquer les blancs dans leurs retranchements… mais les jeunes et fougueux guerriers étaient en majorité. Jetant leurs manteaux de peaux, ils montrèrent leurs poitrines haletantes et leurs bras souples comme des serpents. Une sorte de rage délirante semblait les transporter; des sifflements, des cris rauques et des hurlements interrompaient les chants et se confondaient dans un concert infernal…
LA BATAILLE SANS LARMES.
Dans ladicte torture, les pieds nus, oingts de lard de porc, et retenus dans un brâsier, sur un feu ardent, après être resté en silence l'espace de… il commence à dire à haute voix et en vociférant: Aïe! Aïe! Aïe!…
(Pratique de la Sainte Inquisition.)
Je vous le dis, le boyre, le manger, le dormyr n'ont pas tant de saveur pour moi que d'ouïr crier des deux parts: «à eux!» et d'entendre hennir les chevaux démontés, dans la forêt, et d'entendre crier «à l'aide! à l'aide!» et de veoir tomber dans les fossés petits et grands sur l'herbe, et de veoir les morts qui ont des tronçons de lances dans les flancs traversés. Faire provision de casques, d'épées, de chevaux, voilà tout ce que j'aime.
(Poésies des Troubadours.)
CHAPITRE X.
Le Natchez Whip-Poor-Will fut découvert dans son embuscade, et fait prisonnier; la joie des Pawnies était au comble; ils préparèrent tout pour le torturer.
Le capitaine Bonvouloir, le docteur Wilhem, et Frémont-Hotspur étaient rentrés au camp: ils eurent avec Daniel Boon une longue conférence. Ils ne devaient avoir aucun doute sur le sort qui les attendait s'ils étaient vaincus; une mort glorieuse était donc préférable aux tourments que les sauvages infligeaient à leurs prisonniers.
—L'arme au pied, et que personne ne bouge!—dit Frémont-Hotspur.
Après avoir donné cet ordre qui fut ponctuellement exécuté, le jeune pionnier rentra dans la tente d'Aaron Percy; miss Julia lisait des prières; sa voix était un peu émue, mais pleine de douceur et de calme…
—Venez, M. Frémont-Hotspur,—dit Percy en apercevant le jeune Américain;—venez, je crains de ne pouvoir mourir en paix, quand le moment sera venu; je ne puis être seul sans que mille images effrayantes se présentent à mon imagination!… Je suis accablé de réflexions involontaires qui m'affligent et m'oppressent; mon cœur palpite comme si c'était pour la dernière fois!… M. Frémont-Hotspur, je n'ai pas longtemps à vivre; nos compagnons ont placé toutes leurs espérances en vous; à votre tour, mettez votre confiance en Dieu, qui nous a protégés jusqu'aujourd'hui, et marchez vers le but.