[ [222] Du mot anglais huge, qui signifie grand, fort.

[ [223] Ipsa provincia, montuosa ab oriente, fert elephantos.

(Pline. Hist. nat.)

[ [224] Anciennement, dans l'île de Java, si le feu prenait à quelque maison, les femmes étaient obligées de l'éteindre sans le secours des hommes, qui se tenaient sous les armes pour empêcher qu'on ne les volât!…


Mais préludez par un récit de combat, un trait de bravoure; on dresse l'oreille aussitôt, l'alarme est au camp… tout s'émeut… on écoute… on dévore vos paroles… c'est que les combats et la chasse font les délices de ces peuples; toutes leurs facultés les servent merveilleusement dans ces occasions. Sur un terrain sec, au milieu des feuilles éparses et roulées par le vent, le sauvage reconnaît les traces de l'ennemi; une branche rompue, et mille autres circonstances, sont pour lui des indices qui ne le trompent jamais, ce n'est que par la patience et l'habitude qu'on se familiarise avec cette partie divinatoire de la chasse…

Parlons des docteurs. La connaissance des rites superstitieux fait toute la science des jongleurs sauvages; comme ils sont les médiateurs entre les hommes rouges et le Manitou, et possèdent toute la science des nations qu'ils séduisent, ils jouissent d'un grand crédit; il faut se tenir en garde contre leurs médecines, car il en résulte quelquefois malheur et misère. Ils évoquent les esprits au son de leurs tambours; on les respecte, on les craint, quelquefois on les aime… mais le plus souvent on les hait… Partout, la ruse, quelque grossière qu'elle soit, exploite la simplicité: Un africain, en proie aux chagrins, s'adresse aux prêtres pour obtenir un nouveau fétiche[225]; il en reçoit un os de poisson, un caillou, ou un petit morceau de suif orné de quelques plumes de perroquet!… Pourquoi ces jongleurs chercheraient-ils plus d'art? Il faut si peu de chose pour se jouer de l'esprit humain!…

[ [225] Fétiche ou Totem: nom qu'on donne aux différents objets du culte superstitieux des peuples sauvages.

D'autres sauvages, les Koriaks, par exemple, lorsqu'ils craignent quelque calamité, immolent un chien, lui arrachent les intestins, les attachent à deux perches plantées à quelque distance l'une de l'autre, et passent religieusement entre elles. Les vaines terreurs dont ils étaient agités se dissipent, quand ils ont eu le bonheur de se promener entre les entrailles d'un pauvre animal, et la superstition qui les remplit de craintes, offre elle-même des moyens faciles de les calmer… Les docteurs rendent visite aux malades, qu'ils prétendent guérir à l'aide de charmes et d'incantations; quoiqu'il en soit, ils se montrent assez habiles jongleurs; ils s'enfoncent de longs couteaux dans la gorge et répandent le sang à gros bouillons; ils s'insèrent des bâtons aigus dans le nez, ou ils rejettent, par les narines, des osselets qu'ils avaient avalés; d'autres percent leur langue d'un bâton ou se la font couper pour en rejoindre ensuite les morceaux… Tu sais, cher Charles, que la médecine, chez les Druides, était fondée uniquement sur la magie, et que les herbes employées par eux n'étaient pas douées de grandes vertus curatives. Mais leur recherche et leur préparation devaient être accompagnées d'un cérémonial bizarre et de formules mystérieuses; ces plantes étaient censées en tirer, du moins en grande partie, leurs vertus salutaires. Ainsi il fallait cueillir le samolus à jeun, de la main gauche, sans le regarder, et le jeter dans les réservoirs où les bestiaux allaient boire; c'était un préservatif contre les épizooties.

Le jongleur, chez les sauvages de l'Amérique septentrionale, est un personnage très considéré; lorsque le pays est menacé de quelque fléau, le prophète-docteur ou maître de la pluie est consulté. A l'époque des grandes sécheresses, on lui fait des présents; il promet de la pluie, les nuages doivent éclater et le ciel fondre tout en eau: tremblez, hommes rouges! car des misérables qui vivent de votre crédulité se vantent de troubler la nature entière!… L'âme, au dire des Indiens, est une vapeur légère qui prend et conserve la forme du corps, et les traits du visage après la mort; elle se livre, dans l'autre monde, à toutes les jouissances innocentes qu'elle partageait avec le corps pendant la vie… Ces plaisirs sont éternels et tels qu'Ossian les décrit: Elles (les âmes) poursuivent les daims formés par des vapeurs, et tendent leur arc aérien; elles aiment encore les plaisirs de leur jeunesse et montent les vents avec joie[226]. C'est une âme qui tient beaucoup de la nature corporelle; elle a besoin d'arcs, de flèches, de troupeaux, et fait dans l'autre monde à peu près ce qu'elle faisait dans celui-ci… Les habitants de Formose croient à un enfer, mais c'est pour punir ceux qui ont manqué d'aller nus en certaines saisons, ou qui ont agi sans consulter le chant des oiseaux; ceux qui ont porté des vêtements de toile et non de soie ou qui ont mangé des huîtres sont également punis aux enfers… Ces pauvres peuples, occupés de vaines superstitions, frappés des contes effrayants qui font le sujet ordinaire de leurs entretiens, sont dupes des ridicules épouvantails que leur imagination enfante sans cesse; ils ont des visions pendant la nuit; ils voient, dans les bois, se former et se dissiper devant eux d'horribles fantômes; ils ont à lutter contre des puissances terrestres et infernales: les docteurs-jongleurs se rendent facilement maîtres de ces âmes faibles… Notre arrivée ici, mon cher Charles, fut une bonne affaire pour les sauvages qui en eurent la joie qu'on peut croire; ils ont un grand nombre de maximes qu'ils répètent à tout venant, par exemple celle-ci: «On ne quitte pas son pays pour recevoir mais pour donner des présents…» Le chef nous reçut debout, entouré de ses officiers; on dit ces derniers les hommes influents de la tribu, bien qu'ils n'aient pas, dans un pot, autant de farine qu'on en peut prendre avec les trois doigts; ils étaient là, le chapeau à la main et se tenant sur leurs membres… On offrit des siéges (des crânes de bœufs!), on alluma le feu du conseil, et on fuma la pipe d'amitié; force nous fut d'essuyer tout au long l'énumération des bonnes qualités de chacun des guerriers présents. Cette réunion d'hommes presque nus, si féroces à la guerre, si implacables dans l'assouvissement de leur vengeance, et maintenant si doux et si tranquilles dans leur village, offrait un spectacle imposant. Les enfants sautaient de joie et exprimaient, à leur manière, le bonheur qu'ils éprouvaient de nous voir, le Sagamore (chef) nous conseilla d'adopter sa coiffure (une tête de cerf ornée de son panache), nous nous excusâmes; on nous demanda nos raisons!… Parole d'honneur, le monde devient curieux, et l'on fait, aujourd'hui, des questions qui ne se faisaient pas autrefois!…