[ [226] They pursue deer formed of clouds, and bend their airy bow; they still love the sports of their youth, and mount the winds with joy…
«Sur le bord étroit de cette fosse couraient des centaures armés de flèches comme ils avaient coutume de l'être sur la terre quand ils se livraient à l'exercice de la chasse… Ils s'arrêtèrent en nous voyant descendre; trois d'entre eux s'écartèrent de la troupe, armés de leurs arcs, et de leurs flèches qu'ils avaient préparés à l'avance.
(Dante. Enfer, ch. XII.)
Les sauvages font grand cas d'un bon estomac, d'une excellente paire de jambes et des cinq sens de nature. Ce sont les plus imprévoyants des mortels[227]; ils consomment dans un repas une prodigieuse quantité de nourriture; la cuisine d'Alcinoüs n'y suffirait point… Prêcher la sobriété à des gens qui sont dans l'abondance, ce sont injonctions incommodes et de difficile observance… On ne pourrait leur faire comprendre qu'il est sage de réserver quelques provisions pour le lendemain, «On chassera» est leur seule réponse. Le Sagamore (chef) m'invita à dîner: «Attila vous convie au banquet qui doit avoir lieu vers la neuvième heure du jour.» J'acceptai; Voltaire dit qu'il faut être poli et ne point refuser un dîner où l'on est prié parce que la chair est mauvaise… Le mets favori des insulaires que j'ai visités consiste en poissons qu'on laisse longtemps pourrir; quand on ouvre la fosse où ils ont été déposés, on ne trouve qu'une pâte que l'on retire avec des cuillers. L'étranger ne peut supporter l'odeur infecte de cette affreuse marmelade, mais aucun mets ne flatte plus le palais d'un Polynésien.
[ [227] Un Caraïbe vendait, le matin, son lit de coton, et venait pleurer pour le racheter, faute d'avoir prévu qu'il en aurait besoin pour la nuit prochaine.
Chaque peuple a sa manière de recevoir les étrangers. Un navigateur reçut un singulier hommage aux îles Kazegut. Il traitait un seigneur africain à son bord, lorsqu'il vit paraître un canot chargé de cinq insulaires dont l'un, étant monté à bord, s'arrêta sur le tillac en tenant un coq d'une main et un couteau de l'autre. Il se mit à genoux devant le navigateur sans prononcer un seul mot; il se leva ensuite, et se retournant vers l'Est, il coupa la gorge du coq; il se remit à genoux, et fit tomber quelques gouttes de sang sur les pieds de l'amiral… Il alla répéter cette cérémonie au pied du grand mât et de la pompe, et présenta ensuite le coq au navigateur qui lui demanda l'explication de cette conduite; l'insulaire répondit que les habitants de son pays regardaient les blancs comme les dieux de la mer, et que le mât était une divinité qui faisait mouvoir le vaisseau; quant à la pompe, ils la considéraient comme quelque chose d'extraordinaire, puisqu'elle faisait monter l'eau dont la propriété naturelle était de descendre… Le capitaine Philips fut bien accueilli par les Africains; les nobles ou Rabaschirs le reçurent à la porte du palais du roi et le saluèrent à la mode ordinaire du pays, c'est-à-dire en faisant claquer d'abord leurs doigts, et lui serrant ensuite la main avec beaucoup d'amitié… Les habitants de Calicut secouaient une éponge trempée dans une fontaine sur les étrangers qui leur rendent visite, et leur donnaient ensuite de la cendre… Ce qui voulait dire: «Sois le bien venu, prends place auprès du feu, et bois si tu as soif; nous pourvoierons à tous tes besoins.»
Les peuples sauvages sont très hospitaliers; quand ils voyagent, un cheval, des habits, des armes composent tout leur bagage; s'ils découvrent dans le désert, la tente d'un inconnu, ils sont contents; c'est la demeure d'un frère, d'un ami, qui partagera avec eux tout ce qu'il possède… Je fus exact au rendez-vous; la modestie, cher Charles, défend à ma sincérité de te dire l'excès de considération qu'on eut pour moi… Je ne te décrirai pas la salle du festin (la maison d'Antenor avait une peau de léopard suspendue à la porte, signal pour avertir les Grecs de respecter cet asyle)… Les guerriers étaient majestueusement accroupis, et fumaient leur pipe avec le grave cérémonial si cher aux Indiens. Au premier abord, je fus un peu déconcerté par la taciturnité de mes hôtes, mais peu à peu ils se montrèrent affables; le chef surtout est un bon vivant, le plus sociable des hommes. Il avait nom (esquisito nombre) Hoschegaseugah; J'entrai dans la salle du festin; on y fricassait, on se ruait en cuisine; Les convives firent cercle autour d'une marmite qui bouillait au milieu de la chaume enfumée; je crus d'abord qu'il s'agissait de quelque manœuvre cabalistique… nenni!… c'était un mets rare qu'on me réservait… une citrouille bouillie!!!… Mon hôte me mit en main une baguette empennée, vulgairement appelée flèche, et je fus invité à travailler pour mon propre compte,… je te laisse à penser quelle fête!!… Quand un habitant du Kamchatka traite un de ses amis, il prend lui-même un gros morceau de lard, le lui enfonce dans la bouche, et coupe ce qui n'y peut entrer… c'est une des grandes politesses du pays. Enfin, repu comme un boa, je jetai des regards furtifs autour de moi, bien décidé à ne pas laisser échapper l'occasion de faire une honorable et silencieuse retraite; mais point de mouvement rétrograde possible; il fallut prendre l'écuelle aux dents, et faire paroli à une dizaine de convives bien endentés, ayant tous un appétit proportionné à la quantité de mets qu'il s'agissait d'absorber. On fuma ensuite; jamais les sauvages ne prennent le calumet sans en offrir les prémices au Grand-Esprit, ou à ses Manitous (esprits de second ordre, êtres intermédiaires entre les hommes et la divinité). Mais parlons des femmes sauvages. Les squaws déploient plus de vivacité que les hommes; cependant elles partagent les malheurs de l'asservissement auquel le beau sexe est condamné chez la plupart des peuples où la civilisation est imparfaite… Les hommes considèrent l'agriculture comme une occupation vile, parce qu'il leur faut des dangers pour ennoblir leurs travaux… Lorsque rien ne les force au mouvement, ils restent assis auprès du feu, et écoutent les histoires merveilleuses de leurs conteurs… Ce sont les Germains de Tacite. «Lorsqu'ils ne sont point à la guerre, ils chassent quelquefois, et le plus souvent, ils restent oisifs, car ils aiment à dormir et à manger (dediti somno ciboque)… Les plus braves et les plus belliqueux ne font rien, laissant la conduite de leur famille, de leur maison et de leurs champs, aux femmes et aux vieillards, aux plus faibles de leurs parents; ils vivent en quelque sorte engourdis, et c'est un étrange contraste de leur nature, que ces mêmes hommes aiment ainsi la paresse, et haïssent le repos.»[228]
[ [228] Tacite. De moribus Germanorum.
… Quand les femmes crient famine, les hommes courent les bois, poursuivent les bêtes fauves, traversent, dans de frêles canots, des torrents dangereux, gravissent les sommets escarpés, couchent sur la neige, endurent la faim, la soif, l'insomnie, et s'exposent à mille dangers pour pourvoir aux besoins de leurs familles… Les femmes restent au village, cultivent la terre, préparent les mets, tannent les peaux, nourrissent les enfants, leur enseignent à tirer de l'arc, à nager… Elles doivent aussi remarquer avec soin ce qui se passe aux conseils, et l'apprendre par tradition à leurs enfants; elles conservent le souvenir des hauts faits de leurs pères, et des traités qui ont été conclus cent ans auparavant… Les sauvages ne donnent point à leurs femmes ces marques de tendresse qui sont en usage en Europe; mais cette indifférence, dit Thomas Jefferson[229], est l'effet de leurs mœurs, et non d'aucun vice de leur nature; ils ne connaissent qu'une passion, celle de la guerre; la guerre est, chez eux, le chemin de la gloire dans l'opinion des hommes, et c'est par la guerre qu'ils obtiennent l'admiration des femmes; c'est là le but de toute leur éducation; leurs exploits ne servent qu'à convaincre leurs parents, leurs amis, et le conseil de leur nation, qu'ils méritent d'être admis au nombre des guerriers… Parmi eux, un guerrier célèbre est plus souvent courtisé par les femmes, qu'il n'a besoin de leur faire sa cour; et recevoir leurs avances est une gloire que les plus braves ambitionnent. L'histoire de Booz et de Ruth se renouvelle souvent ici. Les larmes, réelles ou affectées, ne manquent pas aux sauvages, aucun peuple ne pourrait lutter avec eux, s'il s'agissait de pleurer abondamment et amèrement la perte d'un parent ou d'un ami; ils vont même, à des époques fixes, hurler et se lamenter sur la tombe des défunts. Nous entendons souvent des gémissements au point du jour, dans les environs du village; ces cris proviennent de quelque hutte, dont les habitants pleurent un parent tué à la guerre… il y a cinquante ans!… Je vis une jeune veuve, mon cher Charles, qui trois jours après avoir perdu son chasseur (mari) se pressait d'user pour ainsi dire son deuil, en s'arrachant les cheveux; elle faisait couler ses larmes abondamment, afin qu'elle pût éprouver une grande douleur en un court espace de temps et épouser… le soir même… un jeune guerrier qu'elle aimait!…[230] Les peuples sauvages ont de singulières coutumes, n'est-ce pas?… Au Brésil, par exemple, un écart de la raison avait établi que le mari se coucherait à la place de sa femme qui aurait donné un défenseur à la patrie; et qu'il recevrait, là, les visites de ses parents et amis: on le traitait, on l'alimentait, comme si c'eût été lui qui fût accouché… O mœurs!…
[ [229] Notes on Virginia.