(N. de l'Aut.)
—Plaît-il?—s'écria le capitaine…
—Je dis que l'ablet ne passera plus à travers les losanges de chanvre… ou les filets… si vous l'aimez mieux… et nos Dames ne pourront, désormais, se plaindre du défaut de galanterie de nos pêcheurs; c'est en vain que les vifs-habitants des eaux ont l'immensité de l'Océan pour refuge; on les y poursuit, et l'adresse de l'homme est toujours victorieuse dans cette lutte… les Belles des différents pays (grâce à l'intrépidité de nos marins), peuvent ajouter à leurs ornements tous les jolis riens de la coquetterie… La pêche, Messieurs, est devenue un art véritable, et Neptune a pu s'apercevoir du dépeuplement progressif de son empire…
—Aïe! aïe! aïe! s'écria le capitaine Bonvouloir en faisant la grimace de Panurge achetant les moutons de Dindenaut;—docteur Hiersac je vous rends les armes: «la pêche est devenue un art véritable et Neptune a pu s'apercevoir du dépeuplement progressif de son empire!…» Parole d'honneur! voilà qui l'emporte sur tout ce que j'ai entendu jusqu'à présent!… Mais, dites-nous, colonel Boon, comment se fait cette opération… dont vous nous parliez tantôt…—et le marin jeta un coup d'œil, à la dérobée, sur le couteau suspendu à la ceinture du Natchez, Whip-Poor-Will.
—Vous voulez parler du scalpage…
—Oui.
—Oh… rien de plus simple,—dit le vieux chasseur avec le plus grand sérieux, et sans interrompre son repas;—pour scalper, le Natchez, notre ami, saisit sa victime par les cheveux, et les entortille ensemble afin de séparer la peau de la tête; lui mettant ensuite un genou sur l'estomac, il tire de sa gaine le fatal mokoman (couteau), cerne la peau du front, et arrache la chevelure.
Daniel Boon fit un geste très expressif. En entendant cette terrible mais fidèle description de l'opération du scalpage, les pionniers poussèrent un cri d'horreur. Deux Alsaciens, qui, jusque-là avaient peu goûté les préceptes hygiéniques rappelés par le capitaine Bonvouloir, perdirent l'appétit pour le reste de la soirée.
—Le Natchez accorde quelquefois de petits adoucissements,—continua Boon.
—Oui, de ces adoucissements qui font grincer des dents,—s'écria le marin avec effroi.—«Ils vous font cesser de vivre avant que l'on soit mort[130].»