[ [194] Voy. Voyage et Aventures au Mexique par M. G. Ferry.
—Aïe! aie! aie!—s'écria le marin, que pansait le jeune sauvage—par là sambleu! Natchez, tu imposes, sans doute, une diète rigoureuse à tes fourmis, pour les rendre inexorables!… Aïe!… holà! holà!…
—Courage, capitaine,—dit le docteur allemand, Wilhem, à son ami;—la rotondité de votre abdomen annonce de grands éléments de vitalité… courage donc; je compte faire mon profit de ce topique, s'il réussit sur vous…
—C'est cela, faciamus experimentum in anima vili,—répliqua le marin.
Le Natchez, après quelques précautions pour prévenir une inflammation, s'enveloppa de sa blanket, et s'étendit sur l'herbe avec le calme et la tranquillité d'un monarque. Longtemps, les pionniers se tinrent éveillés auprès du feu, le fusil sur l'épaule, et prêtant l'oreille au moindre bruit; il n'arriva aucun autre événement, et les probabilités de combat n'existant plus, quelques-uns s'assoupirent.
—Il est inutile de se recoucher,—dit Daniel Boon; le jour va paraître; nous ferons une partie de chasse dans la matinée, si vous vous sentez tous en bonne disposition…
—Nein! nein! (non pas! non pas!)—s'écrièrent à la fois, une douzaine d'Alsaciens, qui avaient expié quelques paroles imprudentes en passant la nuit dans les plus terribles angoisses: Daniel Boon se complut à les effrayer un peu, tant pour les aguerrir, que pour se venger de leurs critiques anticipées.
—Colonel Boon, des officiers expérimentés prétendent qu'un soldat ne resterait pas sous les armes, plus de six heures, sans qu'il en résultât quelque inconvénient pour lui,—dit le capitaine Bonvouloir en baillant;—et il y a vingt-quatre heures que nous sommes sur pieds! la fatigue entre dans les prescriptions de l'hygiène, mais à la condition des intervalles de repos: par la sambleu! je suis moulu! les féroces Pawnies n'ont qu'à paraître, et c'en est fait de nous; je ne suis pas homme à leur tenir tête pendant dix minutes!… peste! quelle nuit!! et c'est ce que vous qualifiez… une vie paisible?… c'est l'existence du neveu de Rameau, qu'on rencontrait habillé de la veille pour le lendemain!…
L'aurore parut enfin, et un glorieux lever du soleil transforma le paysage comme par enchantement. L'Alsacien Obermann perdit connaissance en voyant les traces de la panthère à dix pas de l'arbre au pied duquel il s'était couché; elles étaient larges; la bête sanguinaire avait avancé et reculé plusieurs fois, et sans l'intervention du Natchez Whip-Poor-Will, elle se fût certainement livrée à quelque acte de violence sur la personne de l'honnête enfant de l'Alsace.
On déjeûna; Daniel Boon parcourut les environs, et découvrit la route qu'avait prise la caravane commandée par Aaron Percy. Le vieux chasseur sonna le boute-selle, et les pionniers partirent.