[Note 833: ][(retour) ] Agrestes omnisque reliqua multitudo clamore et lignorum complosione ac fragore, pugnantibus animos addebant. Agath., Hist., V, p. 296.
[Note 834: ][(retour) ] Pulvis in altum elatus obstabat, quominus de numero eorum qui conflictu erant, judicare possint. Agath., V, p. 105.--Pulvis ingens, vento excitatus, et in barbaros delatus, super ipsos incubuit. Theophan., Chronogr., p. 198.
Ce qui suivit ne saurait se décrire: ce fut un tumulte effroyable, un pêle-mêle de chevaux qui se cabraient, de cavaliers renversés sous leurs montures, de masses se pressant, se culbutant les unes sur les autres. Le combat fut vif aux premiers rangs, cavalerie contre infanterie, et Bélisaire, enveloppé un moment, se dégagea en tuant ou blessant plusieurs ennemis avec la décision et la vigueur de bras d'un jeune homme[835]. L'épée romaine n'eut bientôt plus qu'à éventrer des chevaux ou à percer des hommes à moitié étouffés. Les paysans les assommaient à terre avec leurs bâtons. Quatre cents des soldats de Zabergan jonchèrent la forêt, le reste s'enfuit dans toutes les directions. Un historien remarque qu'à la différence des retraites ordinaires des Huns, toujours très-meurtrières parce que ces barbares décochaient leurs flèches avec une grande justesse tout en fuyant, celle-ci n'eut de danger que pour eux, tant il y régna de précipitation et de désordre[836]. Si Bélisaire avait eu une cavalerie exercée et faite à la fatigue, aucun ennemi n'aurait échappé. Zabergan lui-même eût été pris[837]. Les Romains, maîtres de la forêt, enlevèrent leurs blessés (ils n'avaient pas un seul mort), et rentrèrent dans leur camp pour s'y reposer[838]. Au même moment, le camp des Huns présentait un spectacle à la fois curieux et effrayant. La vue de leur roi fugitif et de ses escadrons arpentant la campagne à bride abattue frappa les Huns d'épouvante; ils se crurent perdus sans ressource, et commencèrent à se taillader le visage avec la pointe de leurs poignards en poussant des hurlements lugubres[839]: c'était la manière dont se manifestait leur deuil dans les grandes calamités publiques. Quant à Zabergan, il fit sans perdre un instant plier les tentes, atteler les chariots, et décampa de Mélanthiade, du côté de la longue muraille.
[Note 835: ][(retour) ] Multis ex adversa acie cæsis et profligatis... Agath., Hist., V, p. 165.
[Note 836: ][(retour) ] Defecerat etiam ipsos præ pavore ars ipsa, qua magnopere gloriari solent: fugientes enim hi barbari magis propulsant eos, qui sese acriter insectantur, retroversim sagittantes. Agath., Hist., V, p. 165.
[Note 837: ][(retour) ] Ægre autem Zabergan et qui cum eo effugerant, læti in castra pervenerunt. Id., ub. sup.
[Note 838: ][(retour) ] E Romanis nemo desideratur, pauci tantam vulnerati... Id., ibid.
[Note 839: ][(retour) ] Ingens itaque barbarorum ejulatus exaudiebatur: cultris enim genas lacerantes patrio more lugebant. Agath., Hist., V, p. 166.
Bélisaire songeait à le suivre avec son armée rafraîchie. Il aurait eu bon marché sans doute d'un ennemi paralysé par la frayeur; mais, contre toute prévision, il rentra à Constantinople, où un message impérial le rappelait[840]. Son rappel sans motif avouable fit deviner aux moins clairvoyants la récompense qu'on réservait à ce dernier et suprême service. Bélisaire s'était montré trop grand au milieu de la terreur générale, et le peuple lui avait donné des signes trop éclatants d'admiration et de confiance pour qu'on lui sût gré longtemps de sa victoire. Le cri de «Bélisaire sauveur de l'empire[841]!» sortait de toutes les places, de toutes les rues, de toutes les maisons de Constantinople, comme poussé par la ville elle-même: il réveilla l'envie endormie ou muette pendant le danger. On entoura Justinien de soupçons; on lui fit voir son général, naguère disgracié, triomphant aujourd'hui de l'empereur plus encore que de l'ennemi. Que serait-ce si on ne l'arrêtait dans sa demi-victoire, s'il revenait se présenter aux adorations de la multitude après avoir détruit l'armée des Huns, qui n'était qu'effrayée, et traînant Zabergan chargé de chaînes, comme autrefois Gélimer[842]! Justinien ne put supporter une pareille idée, et il rappela son général. Pour détruire le mauvais effet de cette mesure, il partit lui-même avec l'armée qui était l'ouvrage de Bélisaire, et suivit à petites journées les Huns jusqu'à la longue muraille qu'il fit réparer sous ses yeux. Zabergan l'avait repassée avec la précipitation de la peur, et se trouvait déjà au cœur de la Thrace. On dit qu'à la nouvelle du traitement fait à son vainqueur, il retourna sur ses pas et se mit à piller tranquillement plusieurs villes qu'il avait d'abord épargnées[843]. Cet éloge indirect n'était pas fait pour consoler le vieux général des injustices de sa patrie.
[Note 840: ][(retour) ] Statim in urbem rediit... imperatoris jussu. Agath., V, p. 166.--Theophan., Chronogr., p. 198.