[Note 106: ][(retour) ] Le nom d'Attila se trouve chez les écrivains grecs sous les formes Ἀττήλας et Ἀτήλας; celui de Bleda ou Bleta (Jorn.), sous celle de Βλήδας et Βλίδας.
La conférence eut lieu dans une plaine à droite du Danube, à l'embouchure de la Morawa et tout près de la ville romaine de Margus: les Huns arrivèrent à cheval, et, comme ils ne voulurent point mettre pied à terre, il fallut que les ambassadeurs romains, sous peine de faillir à leur dignité, restassent également sur leurs chevaux[107]. Ils entendirent là un langage qui ne laissa pas de les inquiéter un peu pour l'avenir. La rupture immédiate de l'alliance avec les tribus danubiennes, l'extradition de tous les Huns grands ou petits qui portaient les armes ou s'étaient réfugiés dans l'empire d'Orient, la réintégration des prisonniers romains évadés sans rançon ou le paiement de huit pièces d'or pour chacun d'eux, l'engagement formel de ne secourir aucun peuple barbare en hostilité avec les Huns, enfin l'augmentation du tribut qui, de trois cent cinquante livres d'or, serait porté à sept cents, telles furent les clauses du traité proposé ou plutôt exigé par Attila[108]. Aux objections des envoyés, à leurs moindres demandes d'explication, le roi hun n'avait qu'une réponse: «La guerre!» Et comme les ambassadeurs savaient trop bien que leur maître était disposé à tout faire, la guerre exceptée, ils se crurent autorisés à tout promettre. On jura donc de part et d'autre, chacun prêtant serment à la manière de son pays[109]. Ainsi fut conclu ce fameux traité de Margus que nous verrons si souvent invoqué par Attila, et qui lui servit d'arsenal pour battre l'empire romain par la politique, quand il ne l'attaquait pas par les armes. Pour preuve de leur fidélité religieuse à remplir les traités, les Romains se hâtèrent de livrer deux de leurs hôtes, jeunes princes du sang royal, fils de Mama et d'Attacam, personnages de distinction chez les Huns. Ils furent livrés sur le territoire romain, en vue de Carse, petite ville fortifiée de la Thrace danubienne, et Attila les fit crucifier aussitôt sous les yeux de ceux qui les lui amenaient: c'est ainsi qu'il inaugura son règne[110].
[Note 107: ][(retour) ] In hanc urbem a rege et Scythis delecti, extra civitatem equis insidentes, nec enim barbaris de plano verba facere placuit, convenerunt venerunt; ne sibi peditibus cum equitibus disserendum foret. Prisc., exc. leg. p. 48.. Neque vero non suæ dignitatis rationem legati Romani habuerunt, et ab hac usurpatione, eodem quoque apparatu, in Scytharum conspectum.
[Note 108: ][(retour) ] Unoquoque anno septingentas auri libras, tributi nomine, Scytharum regibus a Romanis pendi cum antea tributum annuum non fuisset nisi trecentarum quinquaginta librarum. Prisc., exc. leg. p. 48.
[Note 109: ][(retour) ] Jurejurando ritu patrio utrimque præstito... Id., exc. leg., ibid.
[Note 110: ][(retour) ] De quorum numero filii Mama et Attacam, ex regio genere, quos Scythæ suscipientes in Carso Thraciæ castello crucis supplicio affecerunt, et hanc ab his fugæ pœnam exegerunt. Prisc., exc. leg. p. 48.
Attila était frère puîné de Bléda; mais, quoiqu'ils régnassent en commun, le sceptre résidait de fait aux mains du plus jeune. Il avait alors de trente-cinq à quarante ans, ce qu'on peut induire de la remarque faite par les historiens, qu'en 451, époque de son expédition dans les Gaules, ses cheveux étaient déjà presque blancs[111]. Cette supposition reporterait sa naissance aux dernières années du Ve siècle, vingt ou vingt-cinq ans après l'établissement des hordes hunniques en Europe. Le nom d'Attila ou Athel que portait le fils de Moundzoukh, et qui n'est autre que l'ancien nom du Volga[112], a fait penser avec quelque raison qu'il avait vu le jour sur les bords de ce fleuve, dans la demeure primitive des Huns; en tout cas, il devint homme sur ceux du Danube: c'est là qu'il apprit la guerre, et que, mêlé de bonne heure aux événements du monde européen, il connut le jeune Aëtius, otage des Romains près de son oncle Roua. Probablement, et d'après ce qui se pratiquait par une sorte d'échange entre la barbarie et la civilisation, tandis qu'Aëtius faisait ses premières armes chez les Huns, Attila faisait les siennes chez les Romains, étudiant les vices de cette société comme le chasseur étudie les allures d'une proie: faiblesse de l'élément romain et force de l'élément barbare dans les armées, incapacité des empereurs, corruption des hommes d'État, absence de ressort moral dans les sujets, en un mot tout ce qu'il sut si bien exploiter plus tard, et qui servit de levier à son audace et à son génie. Aëtius et lui restèrent liés d'une sorte d'amitié qui se manifestait par de petits services et une réciprocité de petits cadeaux. Le Romain fournissait au Hun ses secrétaires latins et ses interprètes; le Hun lui envoyait en retour quelque objet curieux, quelque monstre difforme ou risible: un jour il lui envoya un nain[113]. Ces deux hommes s'appréciaient et se redoutaient secrètement comme deux rivaux que les chances de la fortune amèneraient un jour sur les champs de bataille en face l'un de l'autre, et qui seuls étaient dignes de se mesurer.
[Note 111: ][(retour) ] Canis aspersus. Jorn., R. Get., 35.
[Note 112: ][(retour) ] Encore aujourd'hui; ce fleuve n'en a pas d'autre dans les langues tartares. Son nom de Volga lui est venu de l'établissement des Bulgares ou Voulgares sur ses rives, vers la fin du VIe siècle.
[Note 113: ][(retour) ] Il sera question plus tard de ce nain qui portait le nom de Zercon, et qui avait appartenu à Bléda avant de tomber au pouvoir d'Attila.