[Note 180: ][(retour) ] Edecon enim, sive simulate cum eunucho pactus; sive ut ab Oreste sibi caveret, Attilæ comparatam in ipsum conjurationem aperuit, et auri summam, quam in eam rem mitti convenerat, simul et ea, quæ per nos in ista legatione tractanda erant, enuntiavit. Prisc., Exc. leg., p. 52.
Les mulets étaient déjà chargés, et les Romains se mettaient en route à la nuit tombante, quand un contre-ordre les retint: «Attila n'exigeait pas, leur disait-on, que des étrangers s'exposassent pendant les ténèbres dans un pays inconnu[181].» En même temps arrivèrent un bœuf que les Huns chassaient devant eux, et des poissons qu'ils apportaient de la part du roi; c'était le souper de l'ambassade. «Nous y fîmes honneur, dit Priscus, et dormîmes profondément jusqu'au lendemain[182].» En effet, le bienheureux contre-ordre leur avait remis la joie au cœur. Dès que le jour parut, Priscus, en homme avisé, se munit d'un interprète autre que Vigilas (il se trouvait parmi les suivants volontaires de l'ambassade un certain Rusticius, qui parlait couramment le hun et le goth[183]), et il alla trouver Scotta, qui se fit fort de leur procurer une audience d'Attila moyennant quelques présents, car toutes ces tergiversations n'avaient pas d'autre but. Une heure à peine s'écoula, et Scotta, fier de prouver son crédit, revenait de toute la vitesse de son cheval annoncer à Priscus sa réussite; les Romains partirent avec lui. Les abords de la tente royale, lorsqu'ils s'y présentèrent, étaient obstrués par une multitude de gardes qui formaient à l'entour une haie circulaire[184]; les ambassadeurs parvinrent à la percer, grâce à la présence de Scotta, et trouvèrent, au milieu de la tente, Attila qui les attendait, assis sur un siége de bois[185].
[Note 181: ][(retour) ] Attilam jubere nos propter tempus noctis intempestivum remanere. Prisc., Exc. leg., p. 52.
[Note 182: ][(retour) ] Præsto fuere, qui bovem agebant et pisces fluviatiles nobis ab Attila missos adferebant.... Cœnati nos dormitum contulimus. Prisc., Excerpt. leg., l. c.
[Note 183: ][(retour) ] Assumpto Rusticio, qui barbarorum linguæ peritus erat, et nobiscum in Scythiam venerat non legationis, sed privatæ rei causa. Id., ibid.
[Note 184: ][(retour) ] Itaque ad ejus tentorium iter direximus, quod barbarorum multitudine, qui in orbem excubias agebant, erat circumdatum. Prisc, Exc. leg., p. 53.
[Note 185: ][(retour) ] Introducti Attilam sedentem in sella lignea invenimus. Id. ibid.
Priscus, Vigilas et les esclaves porteurs de présents s'étant arrêtés par respect près du seuil de la porte, Maximin s'avança, salua le roi, et, lui remettant dans les mains la lettre de Théodose, il lui dit: «L'empereur souhaite à Attila et aux siens santé et longue vie[186].»--«Qu'il arrive aux Romains tout ce qu'ils me souhaitent!» répondit celui-ci brièvement[187], et se tournant vers Vigilas avec les signes d'une colère concentrée: «Bête immonde! lui dit-il, qui t'a porté à venir vers moi, toi qui as connu mes conventions avec Anatolius au sujet de la paix? Tu savais bien que les Romains ne devaient point m'envoyer d'ambassadeur tant qu'il resterait chez eux un seul transfuge de ma nation[188].» Vigilas ayant répliqué que cette condition était fidèlement remplie, puisqu'on lui ramenait dix-sept déserteurs, les seuls qu'on eût pu trouver dans tout l'empire d'Orient, ce ton d'assurance parut mettre Attila hors de lui. «Ah! lui cria-t-il d'une voix emportée, je te ferais mettre en croix à l'instant même, et te donnerais en pâture aux vautours pour prix de tes paroles impudentes, si je ne respectais le droit des ambassadeurs[189];» puis, sur un signe qu'il fit, un secrétaire déploya une longue pancarte et se mit en devoir de la lire. C'était la liste nominative des transfuges qui étaient censés résider encore sur le territoire romain. La lecture terminée, Attila déclara qu'il voulait que Vigilas partît sur-le-champ avec Esla, un de ses officiers, pour signifier de sa part à Théodose d'avoir à lui restituer sans exception tous les Huns, de quelque qualité et en quelque nombre qu'ils fussent, qui avaient passé chez les Romains depuis l'époque où Carpilion, fils d'Aëtius, avait été son otage. «Je ne souffrirai point, disait-il avec hauteur, que mes esclaves portent les armes contre moi, quoiqu'ils ne puissent rien, je le sais bien, pour le salut de ceux qui les emploient. Quelle est la ville, quel est le château qu'ils parviendraient à sauver de mes mains, si j'ai résolu de le prendre ou de le détruire[190]? Qu'on aille donc faire connaître là-bas ce que j'ai décidé, et qu'on revienne tout aussitôt me faire connaître à moi si les Romains veulent me rendre mes transfuges ou s'ils préfèrent la guerre.» L'ordre de départ ne regardait que Vigilas; Attila pria l'ambassadeur de rester près de lui pour recevoir la réponse qu'il se proposait de faire à la lettre de l'empereur. Il n'oublia pas non plus de réclamer les présents qu'on lui avait destinés: l'audience finit là.
[Note 186: ][(retour) ] Et imperatoris litteras tradeus dixit, salvum et incolumen illum suosque precari Imperatorem. Id., loc. cit.
[Note 187: ][(retour) ] Et barbarus, «Sit et Romanis quemadmodum et mihi cupiunt», inquit. Id., ut supr.