[Note 188: ][(retour) ] Statimque ad Vigilam convertit orationem; feram impudentem vocans, quærebat, qua re impulsus ad ipsum venisset, cum sibi eorum, quæ et ipso et Anatolius de pace sensissent, conscius esset... Prisc., Exc. leg., p. 53.
[Note 189: ][(retour) ] Et cum clamore dixit, se illum in crucem acturum et prædam vulturibus præbiturum fuisse, nisi leges legationis hac impudentis ejus orationis et temeritatis pœna offendere vereretur. Id., loc. cit.
[Note 190: ][(retour) ] Quæ enim urbs, quod castellum ab illis possit defendi, quod evertere aut diruere apud se constitutum habuerit? Prisc., ibid.
Cette scène, qui laissa les Romains tout émus, fut l'unique sujet de leur conversation à leur retour au quartier. Vigilas ne concevait pas que le même homme dont il avait éprouvé la bienveillance, il y avait à peine une année, eût pu le traiter d'une façon si ignominieuse, et son esprit se torturait pour en deviner la cause. Priscus la trouvait dans l'aventure du dîner de Sardique, dans ce propos imprudent de Vigilas, dont les Barbares n'avaient pas manqué de faire rapport à leur roi; Maximin, qui n'entrevoyait aucune autre raison que celle-là, appuyait l'avis de son ami; mais Vigilas secouait la tête et ne paraissait pas convaincu[191]. Survint Édécon, qui l'emmena en particulier et causa quelque temps avec lui. Cette démarche avait pour but de rassurer l'interprète sur ce qui venait de se passer, et de lui dire que tout se préparait à merveille pour le succès du complot: Édécon maintenant osait en répondre, et ce voyage procurait à Vigilas une occasion inespérée de tenir au courant Chrysaphius, et de rapporter l'argent dont ils avaient besoin[192]. L'interprète, remonté par ces explications, avait repris tout son calme quand il rejoignit ses collègues, et aux questions que ceux-ci s'empressèrent de lui adresser, il se contenta de répondre que l'affaire des transfuges agitait seule Attila, qui ferait la guerre infailliblement si on ne lui donnait satisfaction. Sur ces entrefaites, des messagers entrèrent dans le quartier de l'ambassade, et proclamèrent une défense du roi à tout Romain, quel qu'il fût, de rien acheter chez les Huns, ni chevaux, ni bêtes de somme, ni esclaves barbares, ni captifs romains, rien, en un mot, hormis les choses indispensables à la vie, et ce, jusqu'à la conclusion des difficultés pendantes entre les deux nations[193]. La défense fut signifiée à l'ambassadeur, Vigilas présent. C'était, comme on le pense bien, une ruse d'Attila pour enlever d'avance à l'interprète tout prétexte plausible d'introduire une forte somme d'argent dans ses États.
[Note 191: ][(retour) ] Sed Vigilas ambiguus animi erat, neque causam suspicari posse videbatur, quare Attilas eum tam acerbis convitiis insectatus esset. Nec enim in animum suum inducere poterat, ut nobis postea retulit, enuntiata fuisse, quæ in convivio in Serdica dicta fuerant, nec conjurationem in Attilam detectam... Prisc., Exc. leg., p. 54.
[Note 192: ][(retour) ] Hæc cum ambigua mente volveremus, Edecon supervenit, et abducto a nostro cœtu Vigila (fingebat enim velle vere et serio de præmeditatis inter eos insidiis agere), ubi aurum adferri præcepit, quod his daretur, qui exsequendo facineri operam navaturi essent, discessit. Prisc., Exc. leg., p. 54.
[Note 193: ][(retour) ] Hæc dum loquebamur, advenere ab Attila, qui Vigilam et nos prohiberent, captivum romanum, aut barbarum mancipium, aut equos, aut quidquam aliud emere, præterquam quæ ad victum necessaria erant Prisc., ibid.
Attila ne parlait plus de sa chasse aux bêtes fauves en Pannonie depuis qu'il en avait rencontré une plus à son goût. Désireux de suivre sans préoccupation la piste de Vigilas et d'observer à loisir les démarches de l'ambassadeur qu'il gardait provisoirement en otage, il leva son camp deux jours après cette scène, et partit pour regagner sa résidence ordinaire dans la capitale de la Hunnie. Il fit dire aux Romains de se tenir prêts à le suivre, et au jour marqué, ceux-ci se mirent, avec leurs guides particuliers, à l'arrière-garde de l'armée des Huns[194]. On n'avait pas fait encore beaucoup de chemin quand ces guides changèrent brusquement de direction, et s'engagèrent dans une route peu frayée, laissant l'armée continuer sa marche, et pour raison de ce changement de front, ils apprirent aux voyageurs qu'une cérémonie, à laquelle il ne leur était pas permis d'assister, allait se célébrer dans un hameau voisin. Ce n'était pas moins qu'un nouveau mariage du roi: Attila ajoutait à ses innombrables épouses la fille d'un grand du pays, nommé Escam[195]. La contrée que Maximin et sa troupe avaient à traverser était basse et de parcours facile, mais extrêmement marécageuse; ils durent franchir plusieurs rivières, parmi lesquelles Priscus mentionne la Tiphise, aujourd'hui la Theiss, qui coule au cœur de la Hongrie, et se jette dans le Danube entre Semlin et Peterwaradin. Ils passaient les rivières ou les marais profonds au moyen de bateaux emmagasinés dans les villages riverains, et que les habitants leur amenaient sur des chariots. Leur nourriture, durant la route, se composa principalement de millet fourni par la population sur la demande des guides, et de deux espèces de boissons fermentées, l'une appelée médos, qui n'était autre chose que de l'hydromel; l'autre fabriquée avec de l'orge et que les Huns nommaient camos[196]. Le voyage ne manqua point d'aventures, les unes pénibles, les autres réjouissantes. En voici une que Priscus raconte avec une gaieté et une naïveté dont nous regretterions de priver nos lecteurs.
[Note 194: ][(retour) ] Post Vigilæ discessum unum tantum diem in his locis commorati, postridie una cum Attila ad loca magis ad septentrionem vergentia profecti sumus. Prisc., Exc. leg., p. 55.
[Note 195: ][(retour) ] Attilas interea in quodam vico substitit, in quo filiam Escam uxorem, etsi plures alias haberet, Scytharum legibus id permittentibus, ducere voluit. Prisc., ibid.