[Note 442: ][(retour) ] Missis per Marcianum principem... auxiliis... Idat., Chron., ad ann. 452.

[Note 443: ][(retour) ] Exercitu jam murmurante, et discedere cupiente... Jorn., R. Get., 42.

Un jour qu'en proie à ses anxiétés il se promenait autour des murs en étudiant l'état de la ville, il vit des cigognes s'envoler avec leurs petits d'une tour en ruine, où elles avaient niché, et gagner au loin la campagne, portant les uns sur leur dos et guidant le vol des autres, qui les suivaient en hésitant[444]. Attila s'arrêta quelques moments pour observer ce manége, puis, se tournant vers ceux qui l'accompagnaient: «Regardez, dit-il, ces oiseaux blancs; ils sentent ce qui doit arriver: habitants d'Aquilée, ils abandonnent une ville qui va périr; ils désertent, dans la prévoyance du péril, des tours condamnées à tomber[445]. Et ne croyez pas que ce présage soit vain ou incertain, ajouta-t-il; la terreur d'un danger imminent change les habitudes des êtres qui ont le pressentiment de l'avenirs.[446]» Ces paroles, prononcées à dessein, furent bientôt répétées dans tout le camp. Attila avait frappé juste: l'espèce d'autorité surhumaine dont il savait se fortifier dans toutes les grandes circonstances agit encore cette fois sur des esprits découragés. Aussitôt une nouvelle ardeur transporte les Huns; ils construisent des machines, ils essaient tous les moyens de destruction, ils multiplient les escalades, et enlèvent enfin la ville, qu'ils pillent et dont ils se partagent les dépouilles[447]. Leurs ravages furent si cruels, écrivait Jornandès un siècle après, qu'à peine reste-t-il aujourd'hui quelques vestiges de cette malheureuse cité comme pour indiquer la place qu'elle occupait[448]. Le viol se mêla, dans cette horrible journée, à l'extermination et au pillage. L'histoire conserve le souvenir d'une jeune et belle femme appelée Dougna ou Digna, qui, se voyant poursuivie par une troupe de ces brigands, s'enveloppa la tête de son voile, et, s'élançant du haut des remparts, disparut dans la profondeur du fleuve[449].

[Note 444: ][(retour) ] Attila deambulans circa muros, dum utrum solveret castra, an adhuc moraretur deliberat, animadvertit candidas aves, id est ciconias, quæ in fastigio domorum nidificant, de civitate fœtus suos trahere, atque contra morem per rura forinsecus comportare. Jorn., R. Get., 42.

[Note 445: ][(retour) ] Respicite aves futurarum rerum providas, perituram relinquere civitatem, casurasque arces periculo imminente dzserere. Jorn., R. Get., ibid.

[Note 446: ][(retour) ] Non hoc vacuum, non hoc credatur incertum; rebus præsciis consuetudinem mutat ventura formido. Jorn., R. Get., 42.

[Note 447: ][(retour) ] Qui, machinis constructis, omnibusque tormentorum generibus adhibitis, nec mora, invadunt civitatem, spoliant, dividunt... Jorn., R. Get., 42.

[Note 448: ][(retour) ] Vastantque crudeliter, ita ut vix ejus vestigia, ut appareant, reliquerint. Jorn., R. Get., ibid.

[Note 449: ][(retour) ] Fæminarum nobilissima Dougna nomine (al. Digna), forma quidem eximia, sed candore pudicitiæ amplius decorata. Hæc cum habitacula supra ipsa urbis mœnia haberet, turrimque excelsam suæ domui imminentem, subter qua Natissa fluvius vitreis labebatur fluentis... a summa se eadem turre, obvoluto capite, in gurgitem præcipitem dedit, metumque amittendæ pudicitiæ memorabili exitu terminavit. Paul. Diac., Hist., XV, 27.

Tel est le bref et sombre récit des historiens; mais la tradition, comme toujours, s'est plue à enjoliver les événements. Elle raconte qu'Attila, surpris par une troupe nombreuse d'Aquiléens dans une reconnaissance qu'il faisait seul pendant la nuit, leur tint tête longtemps, adossé contre un des murs de la ville, l'arc au poing, l'épée entre les dents, et ne leur échappa qu'en franchissant un monceau de cadavres: on le reconnut, dit le vieux conte populaire, aux flammes de ses prunelles qui jetaient un éclat sinistre[450]. Les Vénitiens, assure-t-on, montrent encore son casque, resté sur le champ de bataille[451]. Une autre tradition moins héroïque veut que les habitants d'Aquilée soient parvenus à se sauver dans leurs lagunes au moyen d'un de ces stratagèmes impossibles qui charment la crédulité des masses. Pour protéger leur retraite vers la mer et occuper l'attention des Huns pendant qu'ils transportaient sur des chariots leurs familles et leurs biens, ils placèrent, dit-on, sur le rempart, en guise de sentinelles, des statues armées de pied en cap, de sorte qu'Attila, après avoir forcé la place, ne trouva plus que des maisons vides, gardées par des défenseurs de pierre et de bois[452]. Ces historiettes s'accordent mal avec les faits. D'abord Attila ne risquait jamais sa vie sans nécessité; puis les faibles restes de la population aquiléenne ne se réfugièrent pas à Venise, qui n'existait pas, mais à Grado; enfin les Aquiléens ne furent point épargnés. Attila fit peser sur la ville qui l'avait osé braver une de ces ruines épouvantables dont l'exemple devait profiter à ses ennemis.