[Note 625: ][(retour) ] Thwrocz. Chron. Hungar., c. 22.

[Note 626: ][(retour) ] De consilio Bendekuz avi sui quem sanum sed nimis decrepitum dicitur invenisse. Chron. Bud., p. 31.--Cf. Sim. Kez. l. I. c. 4, § 5, 6.--Thwrocz.

Cependant arrive du fond de l'Asie à la cour d'Attila une jeune fille d'une incomparable beauté, que son père, roi des Bactriens, offre pour épouse au grand roi des Huns. Elle se nomme Mikolt[627], et tous les yeux sont éblouis en la voyant. Attila veut que son nouvel hymen soit inauguré par des fêtes splendides, des courses de chevaux, des combats simulés et un repas qui dure trois jours; mais des pronostics menaçants viennent se mêler aux éclats de sa joie. Son cheval favori meurt subitement le jour même des noces, et quand sa fiancée, le soir, veut entrer dans la chambre nuptiale, elle se heurte le pied droit contre le seuil de la porte si rudement qu'elle est obligée de s'asseoir. «Que tardes-tu?» criait Attila dans son impatience.--«Je viendrai quand il sera temps[628]!» répondit Mikolt. On vit dans cette scène un présage de mort. Le lendemain en effet, Attila est trouvé dans son lit, froid et tout baigné de sang: une hémorragie l'a enlevé pendant qu'il dormait. Nous reconnaissons ici la tradition hunnique directe, celle que propagèrent les fils mêmes du conquérant, lorsqu'ils firent chanter à ses funérailles que la mort de leur père ne réclamait point de vengeance.

[Note 627: ][(retour) ] Al. Mykolth. Sim. Kez., l. 1, c. 3, § 4.--Micolch., Chron. Bud., p. 28.

[Note 628: ][(retour) ] Novæ nuptæ cubiculum intrantis pes dexter, sic limini impactus est, ut præ dolore aliquantisper assederit, auditaque est ejus vox dicentis: Si tempus est, veniam. Quibus verbis mortem in dolore compellasse credidere. Callimach., Vit. Attil., in fin.

A peine la tombe du roi des Huns est-elle fermée, que ses deux fils, Chaba et Aladarius, tirent l'épée pour s'arracher les lambeaux de son héritage. C'est Théodoric qui les pousse à la destruction du royaume de leur père[629]. Les Germains prennent parti pour le fils de Crimhilde, les Huns pour celui d'Honoria, et la lutte à mort va se vider sur un plateau qui domine Bude, ville fatale, déjà marquée par un fratricide. La bataille ne dure pas moins de quinze jours; quinze jours durant, la flèche siffle dans l'air, les boucliers se heurtent et les épées se croisent: on ne vit jamais pareil massacre dans le monde. Chaba est vaincu, mais Aladarius vainqueur meurt de ses blessures. Les Germains donnèrent à cette terrible journée le nom de Crimhilt, en souvenir de la princesse germaine, mère d'Aladarius, qui avait semé la haine dans le cœur des deux frères, et qui peut-être présidait à la bataille où périt son fils. «Tant de sang y fut verse, dit Simon Kéza, que si les Allemands ne s'obstinaient pas à mentir par vanité, ils confesseraient que pendant plusieurs jours ni hommes ni bêtes ne purent boire dans le Danube entre Potentiana et Sicambrie, attendu que le fleuve roulait dans son lit moins d'eau que de sang[630].» Cette phrase nous prouve qu'il existait au moyen âge une rivalité patriotique entre les minnesingers allemands et les rapsodes hongrois; chacun cherchant à exalter son pays aux dépens de l'autre: ce fut au milieu de ces joutes de l'orgueil national et de la poésie que la tradition revêtit sa dernière forme.

[Note 629: ][(retour) ] Ditrici astutia Veronensis. Sim. Kez., l. 1, c. 4, § 5.

[Note 630: ][(retour) ] In quo quidem prælio tantus sanguis effusus est, quod si Teutonici ob dedecus non celarent, et vellent pure reserare, per plures dies aqua bibi in Danubio non poterat, nec per homines nec per pecus, quoniam de Sicambria usque urbem Potentianæ sanguine inundavit. Id. ub. sup.

Chaba vaincu se réfugie en Grèce avec quinze mille Huns, débris de son armée. Honorius, son aïeul, d'après la tradition (car la similitude de nom a fait d'Honoria une fille d'Honorius[631]), le reçoit avec tendresse à Constantinople, veut le retenir près de lui, et lui offre pour ses sujets des terres et des femmes. «Non, répond résolument le fils du Hun, j'ai en Asie, dans le pays des Moger, un autre aïeul que je dois revoir, j'ai une famille et une nation auxquelles je dois demander vengeance de la perfidie des Germains.» Il part donc après un court séjour en Grèce, et trouve dans le pays des Magyars son grand-père Bendekuz encore vivant, mais courbé sous les infirmités et le chagrin. Chaba le console, l'assiste dans le gouvernement de sa tribu et finit par lui succéder. Toutefois le fils d'Attila ne parvient pas à gagner l'affection des Magyars. Fier de sa descendance impériale, il affiche des prétentions blessantes pour sa nation. Les Magyars le rejettent à leur tour et le regardent comme un étranger; leurs filles mêmes s'éloignent de lui, aucune ne consent à le prendre pour époux, et il faut que Bendekuz aille chercher une femme pour son petit-fils chez les tribus du Korasmin[632]. Ce rôle de Chaba parmi les Magyars, son orgueil romain et le souvenir de sa mère Honoria planant sur toute cette histoire, mais à peine indiqué dans les maigres chroniques qui nous restent, donnent lieu de penser qu'ici se développait dans l'épopée hongroise quelque grand épisode se reliant à des traditions asiatiques aujourd'hui perdues. Chaba néanmoins fait oublier son orgueil; sa lignée prend racine dans le Dentumoger, et continue le rameau direct d'Attila jusqu'à la naissance d'Almus, père d'Arpad. Ses fils sont parmi les Magyars les gardiens fidèles des vieux souvenirs et de la renommée de leur aïeul; ils ne cessent d'animer leurs compatriotes à la recouvrance du patrimoine des Huns, envahi par les Germains et les Slaves.

[Note 631: ][(retour) ] Iste ergo Chaba filius Ethelæ est legitimus, ex filia Honorii imperatoris Græcorum genitus. Sim. Kez. l. 1, c. 4, § 6.